Les problèmes de santé mentale sont fréquents et en augmentation partout dans le monde. De nombreux travaux cherchent ainsi à mieux comprendre leur origine et les leviers pour les atténuer. A l’occasion de la semaine du cerveau, Aprifel revient sur une étude récente ayant analysé les liens entre régime alimentaire et risque de dépression. Ce travail met en évidence une réduction de risque de dépression chez les personnes ayant des habitudes alimentaires proches des recommandations du régime planétaire de santé (EAT-Lancet), un modèle alimentaire donnant une large place aux aliments d’origine végétale. Ce travail identifie notamment le rôle protecteur de certains nutriments issus des fruits et légumes (vitamine C et fibres) et confirme l’intérêt d’agir sur les régimes alimentaires pour la prévention et la prise en charge de la dépression.
Les problèmes de santé mentale (voir encadré) constituent un fardeau majeur à l’échelle mondiale, affectant toutes les tranches d’âges et tous les pays. Les plus répandus sont la dépression et les troubles anxieux (OMS, 2022). En 2019 dans le monde :
de personnes présentent un trouble mental.
de personnes sont atteintes de dépression ou troubles anxieux.
de dollars sont attribués au coût des problèmes de santé mentale.
De nombreux travaux cherchent ainsi à mieux comprendre l’origine des problèmes de santé mentale et les leviers pour les atténuer. Des données récentes mettent notamment en évidence le rôle des habitudes de vie modifiables, tels que l’inactivité physique, le tabagisme ou encore les habitudes alimentaires dans le développement de la dépression (Fluharty et al., 2017; Pearce et al., 2022 ; Xu et al., 2023). La Société de Recherche en Psychiatrie Nutritionnelle a, ainsi, souligné l’importance des facteurs alimentaires pour prévenir et traiter les troubles mentaux (Sarris et al., 2015). Dans ce contexte, une étude récente (Jiang et al. 2025) a exploré l’impact des régimes alimentaires sur le risque de dépression dans la population américaine, en se concentrant sur le régime de santé planétaire, basé sur les recommandations de la commission EAT-Lancet (voir encart).
Une relation dose-réponse entre adhésion au régime planétaire et réduction du risque de dépression
Ce travail met en évidence une association significative entre l’adhésion au régime planétaire de santé et la prévalence de la dépression. Plus précisément, les personnes dont l’alimentation se rapprochait le plus du régime EAT Lancet présentaient un risque de dépression réduit de 27% par rapport aux personnes y adhérant le moins.
Plus encore, ce travail identifie une relation dose-réponse entre la réduction du risque de dépression et l’adhésion au régime planétaire de santé, avec une diminution progressive du risque de symptômes dépressifs lorsque le degré d’adhésion au régime planétaire de santé augmente.
Ces observations sont cohérentes avec les recherches antérieures. La littérature montre, en effet, des associations positives entre une alimentation saine et riche en aliments d’origine végétale – telle que l’alimentation méditerranéenne – et une amélioration de la santé mentale (Bayes et al., 2020 ; Dominguez et al., 2021 ; Cherian et al., 2021 ; O’Neill et al., 2022 ; Wang et al., 2023).
Vitamine C, fibres et sélénium particulièrement associés à la réduction de risque de dépression
Pour aller plus loin, cette étude a examiné les liens entre les apports en certains nutriments d’intérêt et le risque de dépression. Conformément aux principes du régime planétaire de santé, les personnes dont les habitudes étaient les plus proches de ce modèle consommaient davantage de fruits, légumes, céréales complètes et légumineuses que les individus adhérant le moins au régime. Plus précisément, ces individus présentaient de meilleurs apports en nutriments essentiels, connus pour leurs effets bénéfiques sur la santé mentale.
Parmi ces derniers, la vitamine C apparait comme le facteur le plus protecteur, montrant une forte association avec un risque réduit de dépression, suivie par les fibres alimentaires et le sélénium. Bien que ces résultats mettent en évidence un lien significatif entre l’alimentation et la santé mentale, les mécanismes sous-jacents restent complexes et multifactoriels.
L’alimentation levier complémentaire de prévention et prise en charge de la dépression
Selon les auteurs, plusieurs mécanismes sont susceptibles d’expliquer ces observations. En effet, la vitamine C est un puissant antioxydant qui permet de protéger les cellules du stress oxydatif et de l’inflammation (Sarandol et al., 2007). Elle participe également à la synthèse de neurotransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine, indispensables au fonctionnement du système nerveux (Wang et al., 2021). De plus, un régime riche en fibres est associé à une amélioration de la qualité du microbiote intestinal, directement associée à l’humeur et la santé mentale (Xie et al., 2022). Enfin, le sélénium, un oligo-élément essentiel aux propriétés antioxydantes, est également apparu comme un nutriment jouant un rôle bénéfique contre la dépression.
Afin de conclure définitivement, les auteurs invitent à mener des études supplémentaires sur les mécanismes en jeu. Cependant, à la lumière des résultats obtenus et de la littérature existante, ils soulignent également l’intérêt des approches thérapeutiques agissant en faveur d’une alimentation plus équilibrée et durable comme levier complémentaire pour la prévention et la prise en charge de la dépression.
Le régime EAT-Lancet de santé planétaire (Commission EAT-Lancet, 2019), propose un modèle alimentaire pensé pour être globalement durable et bénéfique pour la santé. Il encourage une consommation élevée de fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses et noix, tout en réduisant les viandes rouges, sucres ajoutés, et graisses saturées. Les recommandations de ce modèle sont très générales, elles doivent donc être adaptées aux individus, car elles ne sont pas nécessairement réalistes ou accessibles pour tous.
Ce régime privilégie les aliments d’origine végétale pour limiter l’empreinte environnementale tout en répondant aux besoins nutritionnels humains. Il met également l’accent sur des pratiques agricoles durables, visant à minimiser la perte de biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre. En équilibrant les besoins alimentaires et environnementaux, ce modèle vise à promouvoir une santé planétaire tout en réduisant les risques de maladies chroniques et de dénutrition (Rapport Eat-Lancet, 2019-2024).
La santé mentale est une composante essentielle de la santé. Elle est définie comme « un état de bien-être mental qui nous permet de faire face aux sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté. » (OMS). Divers facteurs personnels, familiaux, sociaux et structurels influencent notre santé mentale à chaque instant, et peuvent aussi bien la protéger que la compromettre. Les problèmes de santé mentale englobent, ainsi, les troubles mentaux, les handicaps psychosociaux et d’autres états mentaux associés à un sentiment de détresse, à des déficiences fonctionnelles ou à un risque de comportement auto-agressif importants (OMS). Ils peuvent avoir une incidence considérable dans tous les aspects de la vie des personnes et constituent un fardeau majeur pour la société.