N° 66 | avril 2007

Brève HISTOIRE de notre avenir ALIMENTAIRE

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Les failles de l’alimentation actuelle

La situation alimentaire actuelle est caractérisée par une offre très importante en produits transformés. Or, cette offre ne permet pas nécessairement d’être bien nourri, si un tri éclairé dans la forêt des produits disponibles n’est pas effectué. Sans une attention particulière du consommateur afin de ne sélectionner que des produits de bonne densité nutritionnelle, on aboutit à une alimentation trop riche en calories vides, déséquilibrée sur le plan des apports énergétiques et trop pauvre en micronutriments. Dans ces conditions, il est fatal que la multiplication des produits industriels très bien marketés contribue à la progression de l’obésité chez les jeunes, dont on sait qu’elle a toutes les chances de se prolonger à l’état adulte et d’induire un cortège de maladies métaboliques.

Les grandes lignes de la Nutrition préventive sont tracées

Les enjeux d’une excellente maîtrise de la gestion de la santé par l’alimentation sont considérables. Nos connaissances scientifiques en matière de relations entre alimentation et santé sont devenues très sûres. Ainsi, en s’appuyant sur les modèles d’alimentation traditionnels dans le Bassin méditerranéen ou en Asie - qui ont fait leur preuve pour maintenir leurs populations en bonne santé - il est possible de tracer les grandes lignes de la “Nutrition préventive”. Cette discipline nouvelle décrit la manière de s’alimenter pour faciliter le fonctionnement de l’organisme et préserver la santé. Qu’en ressort-il ? Que notre alimentation doit être constituée d’une très grande diversité de produits végétaux naturels, avec un apport modéré de produits animaux complémentaires et une consommation la plus faible possible d’aliments industriels dépourvus de micronutriments protecteurs.

La réforme du système alimentaire : un enjeu majeur pour la société

Question centrale : comment concevoir une chaîne alimentaire qui facilite l’adoption de bonnes habitudes alimentaires par les consommateurs ? Dans le paysage actuel des grandes surfaces, il est probable que les recommandations alimentaires prodiguées aux consommateurs ne suffiront pas à infléchir sensiblement leurs comportements... Il serait donc nécessaire de promouvoir une nouvelle politique alimentaire pour faciliter l’adoption par les consommateurs de comportements alimentaires protecteurs.

La réforme de notre système alimentaire dominant est un enjeu majeur pour nos sociétés. Cela suppose de concilier des objectifs nutritionnels, écologiques et économiques, de développer une agriculture durable assurant une juste rémunération des agriculteurs ou des autres professionnels de l’alimentation. Au final, la difficulté est de développer une offre alimentaire équilibrée qui soit accessible à tous, ce qui implique de proposer des solutions particulières pour ceux qui disposent de faibles ressources.

Saurons-nous nous engager sur cette voie ? Dans un premier temps, il est probable que l’agriculture restera tournée vers la production de matières premières peu onéreuses, facilitant l’essor du secteur agroalimentaire. Cependant, confronté à des problèmes écologiques et placé devant ses responsabilités nourricières, le secteur agricole pourrait évoluer profondément. Il s’efforcerait ainsi de mieux équilibrer ses productions végétales et animales en fonction des besoins nutritionnels de l’homme.

Les critères de qualité nutritionnelle pourraient devenir déterminants dans la sélection génétique ou pour déterminer les meilleurs modes possibles d’agriculture et d’élevage. Concernant les fruits et légumes, un effort particulier sera sans doute fait pour améliorer leur qualité nutritionnelle et développer des circuits de production et de distribution de proximité.

Améliorer la qualité globale de l’offre alimentaire

La nécessité de garantir une bonne densité nutritionnelle aux aliments commence seulement à être prise en compte par le secteur agroalimentaire. Une utilisation assez systématique d’ingrédients purifiés a conduit à multiplier les sources de “calories vides” et ceci aura été l’erreur la plus grossière commise par l’industrialisation alimentaire depuis plus de 50 ans.

Face à l’inquiétude croissante des consommateurs et avec le soutien incitatif des Pouvoirs Publics il est probable que le secteur agroalimentaire modifiera totalement ses pratiques, adoptera des technologies douces pour, à terme, améliorer la qualité globale de l’offre alimentaire. La seule vraie question à se poser est de savoir à quelle vitesse aura lieu ce changement ?

Consommateurs : à vous de jouer !

Enfin, s’il est nécessaire d’améliorer la chaîne alimentaire, c’est avant tout aux consommateurs d’adopter de bonnes habitudes nutritionnelles. Cela passe, en particulier, par la valorisation de l’acte culinaire. Dans ce domaine aussi, le changement est prévisible. On peut espérer qu’après avoir participé à la fête de la consommation, de nombreuses populations, conscientes du caractère artificiel de l‘alimentation industrielle, rechercheront résolument à retrouver leurs racines culturelles, feront les efforts nécessaires pour adopter les modes alimentaires les plus sûrs, adapteront leur comportement pour favoriser une alimentation durable…

Cette vision peut paraître optimiste, voire utopiste… Néanmoins, comment ne pas penser que le système actuel doive être réformé en fonction d’objectifs nutritionnels de santé publique et dans le cadre d’une alimentation durable ? Encore faut-il que les consommateurs fassent preuve de responsabilité et favorisent, par leurs choix, une évolution la plus rapide possible vers un autre système alimentaire, plus adapté à l’homme et à la préservation de la nature.

Christian Rémésy
Directeur de recherche - INRA - FRANCE
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