N° 61 | novembre 2006

INITIATIVE 5 PAR JOUR : Comment améliorer les résultats en milieu scolaire ?

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Un partenariat privé-public depuis 15 ans

Il y a presque 15 ans que l’Institut national du cancer (NCI) a instauré le programme national “5 par jour pour une meilleure santé” afin d’encourager les américains à consommer chaque jour 5 à 9 portions de fruits et légumes[1]. Cette initiative est un partenariat privé-public entre le NCI et la Fondation des produits pour une meilleure santé (Produce for Better Health Foundation). Elle implique des agences gouvernementales, des industriels et des associations.

Des interventions fondées sur les modifications du comportement

La composante communautaire de ce programme tente d’atteindre les consommateurs au niveau local par plusieurs moyens, y compris le développement de coalitions. La composante expérimentale est une extension de la composante communautaire. En 1993, le NCI a subventionné neuf projets de recherche portant sur les lieux de travail, les écoles, les églises et les programmes d’aide alimentaire[1,2]. Les études ont soumis des canaux spécifiques (ex : écoles) et des populations particulières (ex : les écoliers de CM1) à des interventions visant à augmenter la consommation de fruits et légumes.

Ces interventions étaient fondées sur les théories de modification du comportement.

Quatre projets avaient pour cible des écoliers en CM1 et CM2 en écoles primaires (Alabama, Georgie, Californie, Minnesota), un programme concernait les élèves au lycée (Louisiane), un autre ciblait les participants du WIC (Women, Infants and Children, un programme de supplémentation alimentaire pour les femmes, les nourrissons et les enfants) (Maryland), trois se focalisaient sur les lieux de travail (Arizona, Massachusetts, Washington) et un autre sur les adultes fréquentant des églises afroaméricaines (Caroline du Nord).

Actuellement, plusieurs pays ont adopté le message “5 fois par jour”. Depuis la clôture de ces études d’intervention en 1997, les scientifiques ont largement fait progresser les recherches sur les modifications du comportement pour augmenter la consommation de fruits et légumes au sein de populations spécifiques. Depuis le début de l’initiative, de nombreuses études scientifiques ont été conduites sur une grande échelle dans les écoles, les quartiers, au travail, dans les églises, les supermarchés. Plusieurs articles en offrent d’excellentes synthèses[3, 4].

Des résultats modestes en milieu scolaire

Un grand nombre de programmes d’intervention en milieu scolaire ont été réalisés chez les enfants et les adolescents depuis 1993[5-20], principalement des études randomisées et contrôlées. Elles étaient développées, pour la plupart, à partir de la théorie de la Cognition Sociale. Quelques unes utilisaient une combinaison de théories sur le comportement. Si la population cible était des élèves de CM1 et CM2, la taille des échantillons et le nombre d’écoles étaient très variables. Deux études ont porté sur des scouts (“Girl Scouts Eat 5” (Texas) (1997)[11] et “5-A-Day Achievement Badge” (Texas) (2002)[13]) . Aucune n’a été conduite chez les enfants en âge préscolaire.

L’intervention de choix comprenait des cours, une composante cantine et une composante parentale. La durée de l’intervention et le contenu des cours variaient selon les études. Quelques activités leur étaient communes : dégustations, techniques de préparation de repas, disponibilité accrue des fruits et légumes. Une approche particulièrement innovante a été testée dans deux études utilisant un jeu multimédia (Squire’s Quest (Texas) (2003)[16]) et des épisodes vidéo de six minutes (Food Dudes Healthy Eating Programme (UK) (2004)[14]).

Techniques de modification du comportement les plus courantes : jeux de rôle, auto évaluation, détermination d’objectifs et résolution de problèmes. Malgré tous ces efforts, la plupart des interventions en faveur des fruits et légumes en milieu scolaire n’ont pas remporté un succès remarquable. L’augmentation du nombre de portions variait de 0,2 à 1,68 avec une moyenne de 0,4 à 0,5 portions. Les interventions semblaient avoir plus de succès avec les fruits, surtout à la cantine. La faible modification de consommation de fruits et légumes à la maison reflète sans doute une faible implication des parents.

L’intérêt d’approches innovantes est évident

Pour les interventions à composantes multiples on ne sait pas lesquelles ont contribué le plus au changement. Deux études ont utilisé une intervention à composante unique : “Squire’s Quest” (Texas) (2003)[16] et “Cafeteria Power Plus” (Minnesota) (2004)[17]. L’intervention à la cantine (“Cafeteria Power Plus”) n’a eu aucun effet significatif sur la consommation de fruits et légumes. En revanche, le jeu multimédia (“Squire’s Quest” Program) a provoqué une augmentation de la consommation de fruits et légumes d’une portion.

Même si le succès de ces interventions est modeste, nous avons beaucoup progressé depuis 15 ans. Nous comprenons mieux ce qui ne “marche” pas. Peut être faut il se recentrer sur la compréhension de “pourquoi les enfants mangent les aliments qu’ils mangent”[21] ? Comprendre et intervenir sur les variables modifiant la consommation de fruits et légumes pourrait être nécessaire pour agir efficacement chez les enfants.

L’approche classique “classe, cafétéria, parents” utilisée dans le passé a peut-être besoin d’être réactualisée. Des méthodes innovantes pour aider les enfants et leurs parents à augmenter leur consommation de fruits et légumes sont nécessaires. Peut-être faut il délaisser les interventions basées sur des théories[22] ou, au moins, préférer les interventions combinant un certain nombre de théories comportementales.

Theresa Nicklas
Professeur de Pédiatrie, Baylor College of Medicine, USA
  1. Havas S et al. J Am Diet Assoc. 1994;94(1):32-6.
  2. Reynolds KD et al. In: Stables G, Heimendinger J, eds. 5 A Day for Better Health Program. Washington, DC: NIH/NCI. NIH Publication No. 01-5019, 2001:133-149.
  3. Knai C et al. Prev Med. 2006;42(2):85-95.
  4. Ammerman AS et al. Prev Med. 2002;35(1):25-41.
  5. Domel SB et al. J Nutr Educ. 1993;25:345-349.
  6. Foerster SB et al. Family & Community Health. 1998;21(1):46-64.
  7. Perry CL et al. Am J Public Health. 1998;88(4):603-9.
  8. Baranowski T et al. Health Educ Behav. 2000;27(1):96-111.
  9. Nicklas TA et al. J Sch Health. 1998;68(6):248-53.
  10. Reynolds KD et al. Prev Med. 2000;30(4):309-19.
  11. Cullen KW et al 1997;29(2):86-91.
  12. Gortmaker SL et al. Arch Pediat Adol Med. 1999;153(9):975-983.
  13. Baranowski T et al. Prev Med. 2002;34(3):353-63.
  14. Horne PJ et al. Eur J Clin Nutr. 2004;58(12):1649-60.
  15. Eriksen K et al. Public Health Nutr. 2003;6(1):57-63.
  16. Baranowski T et al. Am J Prev Med. 2003;24(1):52-61.
  17. Perry CL et al. Health Educ Behav. 2004;31(1):65-76.
  18. Lytle LA et al. Health Educ Behav. 2004;31(2):270-87.
  19. Bere E et al. Health Educ Res. 2006;21(2):258-67.
  20. Anderson AS et al. Public Health Nutr 2005;8(6):650-6.
  21. Baranowski T et al. Ann Epidemiol. 1997;7(7):S89-S95.
  22. Resnicow K et al. Int J of Behav Nutrition and Physical Activity (submitted).
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