N° 61 | novembre 2006

Quelles sont les clés de la consommation de fruits et légumes chez les enfants ?

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Cet article présente une synthèse des facteurs déterminant la consommation de fruits et légumes chez les enfants de 6 à 12 ans, ainsi que les composantes clés des interventions nutritionnelles en milieu scolaire visant à augmenter la consommation de fruits et légumes.

Des prédispositions gustatives innées mais modifiables

Selon les données de la littérature, la disponibilité, l’accessibilité et les préférences gustatives pour les fruits et légumes sont les facteurs déterminants les plus importants chez les enfants de 6 à 12 ans(1-6).

Chez l’homme, certaines préférences gustatives sont innées, comme la préférence pour le salé et le sucré, l’aversion pour les goûts amers et aigres, la tendance à préférer les goûts des aliments très énergétiques et à rejeter les aliments inconnus(7,8). Cependant, la plupart de ces prédispositions seraient modifiables suite à l’exposition répétée aux aliments - environ 10 fois - dans un environnement social favorable(7,9). L’utilisation de récompense pourrait également modifier les préférences gustatives. En effet, si les aliments offerts en récompense entraînent généralement une préférence accrue pour ces aliments, en revanche, obliger un enfant à manger un aliment peu apprécié afin d’obtenir une récompense peut provoquer un rejet encore plus important de l’aliment récompensé.

Le rôle des parents

Dans cette tranche d’âge, d’autres déterminants joueraient un rôle dans la consommation de fruits et légumes. Le comportement des parents (consommation/exemple) et les pratiques d’alimentation infantile en font partie(4,7,10). Pour ces dernières, les études indiquent qu’un contrôle parental très strict de l’alimentation des enfants serait contre-productif, surtout au niveau des fruits et légumes(7). En revanche, une attribution claire des rôles dans l’alimentation est souhaitable : responsabilité de l’adulte qui doit proposer à l’enfant des aliments appropriés dans un environnement chaleureux ; responsabilité de l’enfant qui décide des quantités consommées de chaque aliment(4). La connaissance de la recommandation “5 par jour” ainsi que les techniques pour préparer les aliments, les reconnaître et les demander (ex : la capacité à demander aux parents d’acheter ou préparer un fruit ou un légume favori) sont d’autres facteurs liés à la consommation de fruits et légumes(11).

Les facteurs clés des interventions en milieu scolaire Dans le cadre des interventions en milieu scolaire, les données indiquent que l’association d’un programme d’enseignement, de l’éducation parentale et de la composante cantine scolaire semble être la plus efficace(12-19).

Les facteurs clés à cibler dans un programme scolaire seraient la capacité de demander et de préparer les fruits et légumes, ainsi que la connaissance des apports recommandés. De plus, les interventions devraient reposer sur des théories, cibler des comportements spécifiques, fixer des objectifs, surveiller les changements, englober des stratégies de motivation (auto-évaluations et feedback, discussions sur l’influence des médias et de la société) et, enfin, laisser suffisamment de place pour la formation sur la nutrition(20). De plus, employer du personnel formé spécifiquement plutôt que les enseignants habituels pourraient contribuer de façon significative au succès de l’intervention(16,17). Une alternative à l’embauche et la formation de personnel externe pourrait être l’utilisation de canaux multimédia interactifs (qui combinent des messages individualisés et des jeux), dont le contenu et la durée de l’intervention seraient contrôlés par un informaticien(14).

L’éducation parentale et la restauration scolaire

La composante “parents-domicile” devrait se focaliser sur :
• l’augmentation de la disponibilité et de l’accessibilité aux fruits et légumes à la maison,
• une exposition répétée aux fruits et légumes dans un contexte chaleureux, avec renforcement,
• l’offre des techniques pour préparer les fruits et légumes.

Les parents devraient également être informés sur la manière dont se développent les préférences gustatives, les effets potentiellement positifs ou négatifs des récompenses, l’importance de la “consommation/exemple”, les méthodes d’alimentation des enfants ainsi que le meilleur partage des rôles entre les parents et les enfants dans l’alimentation. Jusqu’à présent, il semblerait que la méthode la plus efficace pour impliquer les parents serait de leur envoyer des documents, de préférence sous forme de “devoirs familiaux”(12-14, 16, 21).

La composante restauration scolaire devrait surtout augmenter la disponibilité et l’accessibilité aux fruits et légumes (y compris accroître leur variété, améliorer les saveurs et la taille des portions) et favoriser l’exposition répétée dans un contexte positif avec des renforcements. Un autre style prometteur d’intervention en milieu scolaire serait l’approvisionnement en fruits et légumes ou les programmes d’abonnements(10, 26-28).

On l’a compris : les interventions doivent améliorer la disponibilité et l’accessibilité des fruits et légumes auprès des enfants et avoir pour objectif d’orienter leurs préférences gustatives. De telles interventions doivent être multifactorielles, basées en milieu scolaire et pourraient utiliser des moyens multimédias.

Lyne Blanchette
Département de Santé Publique - Centre médical de l’Université Erasmus - Rotterdam, PAYS-BAS
Johannes Brug
Institut EMGO pour la Santé et la Recherche sur les Soins Centre Médical Universitaire VU, Amsterdam, Pays Bas.
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