Coût réel de l’alimentation : quels sont les impacts négatifs des régimes alimentaires dominants et comment les atténuer ?
Édito
Le système alimentaire mondial actuel ne parvient pas à assurer à chaque individu le droit fondamental à une alimentation suffisante et saine préconisé par l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (Nations Unies, 1948). La littérature scientifique montre notamment que les régimes alimentaires actuellement prédominants, remplacent progressivement les pratiques alimentaires traditionnelles et engendrent des externalités négatives significatives sur le plan social, environnemental et sanitaire (Klaus et al., 2024). Ces effets délétères se manifestent tout au long de la chaîne alimentaire, générant des coûts pour la société qui ne sont, pour la plupart, pas intégrés dans le prix des denrées alimentaires. Ces coûts réels sont désignés sous le terme de « coûts cachés de l’alimentation » dans plusieurs études menées dans différents pays et à l’échelle mondiale (Hendriks et al., 2023).
En 2023, le rapport « The State of Food and Agriculture » de la FAO a fourni une estimation de ces coûts.
Par ailleurs, tous les travaux portant sur les coûts cachés de l’alimentation s’accordent à souligner la part importante qu’y occupent les aspects sanitaires (Rastoin, 2023). En effet, les pratiques alimentaires actuelles contribuent à l’augmentation de la prévalence de l’obésité et des maladies non transmissibles telles que les pathologies cardiovasculaires, le diabète et certains types de cancers. Ces effets entraînent des dépenses de santé exponentielles, faisant de ces régimes alimentaires un facteur majeur de la dégradation de la santé publique et une charge croissante pour les finances publiques (L’injuste prix de l’alimentation, 2024).
Une stratégie potentielle pour atténuer ces « coûts cachés sanitaires » réside dans le développement de la prévention par l’alimentation. Il est désormais démontré que l’adoption de pratiques alimentaires plus saines, notamment l’augmentation de la consommation de fruits et légumes, jouent un rôle crucial dans la réduction du risque de certains cancers, des maladies cardiovasculaires et du diabète de type 2 (Aune et al., 2017 ; Grosso et al., 2017 ; Wang et al., 2016).
Dans ce contexte, ce numéro d’Équation Nutrition examine, sous un prisme économique, les enjeux de santé liés aux systèmes alimentaires actuels et aux habitudes alimentaires associées.
Le premier article (Braun et Hendriks, 2023) présente un bilan des « coûts cachés », liés aux systèmes alimentaires actuels. Pour corriger les dysfonctionnements du marché générés par ces externalités, les auteurs suggèrent d’adopter la méthode de la comptabilité des coûts réels (True Cost Accounting – TCA). Les défis et la complexité associés à sa mise en œuvre sont notamment soulignés.
Le deuxième article (Colaprico et al., 2024) explore les implications sanitaires et économiques de meilleures habitudes alimentaires, en prenant comme exemple l’adoption du régime méditerranéen, reconnu pour ses effets préventifs sur les maladies chroniques et ses bénéfices sociaux. Cette étude pointe également les défis liés à l’accessibilité du régime méditerranéen, en particulier pour les populations les plus modestes. Pour y pallier, elle suggère des politiques publiques destinées à faciliter son adoption à plus grande échelle.
Le troisième article (Liu et al., 2023) s’intéresse à l’efficacité et à l’équité des politiques économiques visant à modifier les comportements alimentaires au Canada. Ce travail analyse notamment l’impact des taxes sur les produits sucrés (boissons et aliments) et des subventions sur les fruits et légumes, en termes de santé publique, de coûts de santé et d’inégalités socio-économiques.
Ensemble, ces articles offrent une analyse des impacts sociaux-économiques des régimes alimentaires et des politiques publiques visant à les atténuer. Ils mettent en lumière les coûts cachés (se traduisant par « coût réel ») du système alimentaire actuel ainsi que les bénéfices multiples d’une alimentation plus saine. Enfin, ces travaux évaluent l’efficacité des politiques économiques et sociales destinées à réduire ces coûts et à favoriser des comportements alimentaires durables.
Jean-Louis Rastoin, ingénieur agronome, docteur en sciences économiques et agrégé en sciences de gestion, est professeur honoraire d’économie et gestion d’entreprises à l’Institut agro Montpellier et chercheur associé à l’UMR MoiSA.
Fondateur, directeur puis conseiller scientifique de la chaire UNESCO en « Alimentations du monde » et de la revue académique « Systèmes alimentaires/Food Systems ».
Il est membre de l’Académie d’Agriculture de France.
Ses enseignements et recherches portent sur l’économie, la gestion et la gouvernance des systèmes alimentaires, la prospective et les stratégies de leurs acteurs et territoires.
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