N° 62 | décembre 2006

LES FRUITS ET LÉGUMES : pour forger des os plus sains

Ostéoporose : Incidence globale et risque

Dans les pays tels que l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Australasie, on estime qu’une femme sur 3 et un homme sur 10 âgés de plus de 55 ans souffrent d’ostéoporose. Ostéoporose veut dire ‘os poreux’, ce qui décrit l’amincissement de la structure interne en “nid d’abeille” qui augmente le risque de fracture osseuse. Les fractures les plus fréquentes se situent au niveau du poignet, de la colonne vertébrale et de la hanche. Au total, environ 1,7 millions de fractures de la hanche surviennent chaque année; ce chiffre devrait quadrupler en 2050(1). L’incidence de fractures de la hanche est la plus élevée chez les femmes Caucasiennes vivant dans des climats tempérés ; un peu moindre chez les femmes des pays Méditerranéens et Asiatiques et la plus basse chez les femmes vivant en Afrique(2). Le risque de fracture au cours de la vie des femmes de plus de 50 ans est plus élevé que celui du cancer du sein ou de maladie cardiovasculaire(3). Puisque l’incidence de fracture augmente avec l’âge pour les deux sexes, l’ostéoporose devient également un souci majeur chez les hommes plus âgés. Dans les pays ayant une incidence élevée de fractures, 20 % de fractures symptomatiques de la colonne vertébrale et 30 % des fractures de la hanche surviennent chez les hommes(4).

Or, les fractures d’ostéoporose sont une cause majeure de morbidité, entraînant souvent une perte de mobilité et de capacité fonctionnelle à long terme et une perte d’autonomie. Dans certains cas, les fractures peuvent entraîner la mort prématurée. En plus des coûts importants sur le plan individuel, le fardeau annuel sur l’économie de la santé est estimé à plus de 13,9 milliards d’Euros pour les fractures ostéoporotiques.

Nutrition, consommation de fruits et légumes et risque d’ostéoporose

La santé osseuse est influencée par les gènes, le statut hormonal et l’hygiène de vie (l’activité physique, la tabagisme et l’alimentation). Le régime représente un important facteur de risque modulable pour l’ostéoporose liée à l’âge. S’il est bien connu qu’une consommation suffisante de calcium alimentaire et de vitamine D est le fondement d’une bonne santé osseuse, on commence à comprendre que les fruits et légumes représentent un autre groupe alimentaire important.

Dans une étude ancillaire de l’essai “Approches nutritionnelles pour enrayer l’hypertension (Dietary Approaches to Stop Hypertension - DASH)”, les hommes et les femmes (âgés de 23 à 76 ans) qui consommaient une alimentation riche en fruits et légumes durant trois mois avaient une diminution significative des marqueurs du remodelage osseux(5). Plusieurs autres études d’observation ont également démontré cette association au sein de tranches d’âge bien spécifiques. Dans une étude transversale, les consommations de zinc, de magnésium, de potassium, de fibres et de vitamine C ont été associées à une masse osseuse plus élevée chez les femmes en pré-ménopause(6). Ces relations étaient indépendantes de facteurs tels que le poids, la taille, la consommation calorique, le tabagisme et l’activité physique. Chez les adultes plus âgés (69-93 ans) inclus dans l’étude de l’Ostéoporose de Framingham, ceux qui consommaient beaucoup de fruits et légumes avaient une densité minérale osseuse significativement plus élevée que ceux qui en consommaient moins mais qui consommaient plus de sucreries(7).

Les données d’observation chez les personnes plus jeunes sont un peu moins constantes, bien que les tendances soient similaires. McGartland et al. ont observé qu’une consommation plus importante de fruits était associée à une densité minérale plus élevée au niveau du talon chez les filles de 12 ans mais non chez les garçons(8) alors que Valanparast et al. ont trouvé que la consommation de fruits et légumes prédisait de façon significative la composition minérale globale de l’organisme chez les garçons mais non les filles âgées de 8-20 ans(9).

Mécanismes potentiels pour la consommation de fruits et légumes et la réduction du risque de l’ostéoporose

La manière selon laquelle les fruits et légumes exerceraient un effet bénéfique sur l’os n’est pas entièrement élucidée. Plusieurs mécanismes sont plausibles. Les êtres humains ingèrent des aliments qui produisent et consomment des ions d’hydrogène, affectant ainsi l’équilibre acido-basique. Les aliments comme les céréales, les produits laitiers et la viande sont associés à une charge acide élevée par rapport aux aliments alcalinisants comme les fruits et légumes. Le contrôle étroit du pH du liquide extracellulaire (entre 7,35 et 7,45) est essentiel à la survie de l’organisme. Depuis des décennies, il est bien connu que les minéraux osseux alcalins contribuent à équilibrer le pH de l’organisme. Le squelette agit comme un tampon, libérant du calcium à partir de l’os qui est finalement excrété dans les urines. Une alimentation riche en fruits et légumes pourrait théoriquement alcaliniser le liquide extracellulaire réduisant ainsi le besoin de piocher dans les réserves de calcium squelettique. Dans l’étude DASH, augmenter la consommation de fruits et légumes de 3,6 à 9,5 portions par jour réduisait la calciurie de 157mg/j à 110mg/j(10).

Il est possible que l’effet positif des fruits et légumes sur la santé osseuse ne soit pas exclusivement du à son effet sur l’équilibre acido-basique. Les fruits et légumes sont également riches en vitamines C, K1 et en bétacarotène. La vitamine C joue un rôle dans la formation de collagène et dans la régulation de la différenciation des ostéoblastes. La vitamine C et le bétacarotène sont des antioxydants. Une association négative a été démontrée entre le stress oxydatif et la densité osseuse chez les hommes et les femmes(11). Dans une étude d’observation, une association positive significative a été trouvée entre les fruits et les jus de fruits (une source majeure de vitamine C) et la teneur minérale osseuse chez les garçons âgés de 16 à 18 ans(12).

L’ostéocalcine joue un rôle dans la calcification des os. La vitamine K1 est essentielle à la d-carboxylation de l’ostéocalcine, permettant à la protéine un fonctionnement correct. Les légumes à feuilles vertes représentent la source la plus riche en vitamine K1. Les études de population ont montré qu’une faible teneur alimentaire ou sanguine en vitamine K est associée à une faible densité osseuse. L’administration d’un supplément de vitamine K1 80 μg par jour pendant 12 mois chez les femmes en post-ménopause (n=45) ayant une faible densité osseuse a provoqué une augmentation des taux d’ostéocalcine d-carboxylée avec des taux semblables à ceux observés chez des femmes ayant une densité osseuse normale(13).

Conclusion

L’ostéoporose représente un souci de santé publique grandissant et les coûts individuels et collectifs qui s’y associent sont considérables. Les fruits et légumes sont déjà un pilier dans les stratégies de santé publique européennes pour réduire les risques de cancer et de maladies cardiovasculaire(1). Les preuves émergentes indiquant leurs effets protecteurs au niveau des os renforcent les initiatives qui encouragent une plus grande consommation de fruits et légumes. Cependant, plus de recherches sont nécessaires pour élucider les mécanismes d’action mais, encore plus important peut-être, trouver les méthodes les plus efficaces pour convaincre les populations d’augmenter la consommation de fruits et légumes.

Toni Steer
Centre de Recherche en Nutrition Humaine, Conseil de Recherche Médical (MRC), Cambridge, UK
Gail Goldberg
Centre de Recherche en Nutrition Humaine, Conseil de Recherche Médical (MRC), Cambridge, UK
  1. WHO Technical Report Series 916. Geneva, 2003
  2. Royal College of Physicians. Osteoporosis, Clinical Guidelines for Prevention and Treatment. London, 1999.
  3. WHO Technical Report Series, 1994. Assessment of fracture risk and its application to screening for post menopausal
    osteoporosis. 843: 1-129.
  4. Prentice A. Public Health Nutr. 2004; (1A):227-243.
  5. Lin PH et al. J Nutr. 2003;133:3130-3136.
  6. New SA et al. Am J Clin Nutr. 1997;65:1831-1839.
  7. Tucker et al. Am J Clin Nutr. 2002;76:245-252.
  8. McGartland CP et al. Am J Clin Nutr. 2004;80:1019-23.
  9. Vatanparast H et al. Am J Clin Nutr. 2005;82:700-706.
  10. Appel LJ et al. NEJM 1997 ;336:1117-1124.
  11. Basu S et al. Biochem Biophys Res Commun. 2001;288:275-279.
  12. Prynne CJ et al. Am J Clin Nutr. 2006;83:1420-428.
  13. Schaafsma A et al. 2000;54:626-631.
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