N° 62 | décembre 2006

POLYPHÉNOLS DES FRUITS ET LÉGUMES & SANTÉ OSSEUSE

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Les preuves concernant le rôle des polyphénols dans la prévention des maladies dégénératives telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires ou l’ostéoporose sont en train d’émerger. En effet, grâce à leurs propriétés anti-oxydantes et anti-inflammatoires, ces molécules peuvent aider à limiter les dommages liés au vieillissement. Bien qu’abondants dans notre alimentation, les effets de ces “micronutriments” sur la santé dépendent de la quantité consommée et de leur biodisponibilité qui varie d’un polyphénol à l’autre. Ceci explique sans doute pourquoi les polyphénols les plus abondants ne sont pas forcément ceux ayant la plus grande activité biologique au niveau des organes cibles et pas nécessairement ceux exerçant des effets protecteurs pour la santé.

Des polyphénols par centaines dans les fruits et légumes.

Plusieurs milliers de polyphénols ont été identifiés chez les plantes dont plusieurs centaines dans les plantes comestibles. Ils sont divisés en acides phénoliques, flavonoïdes, stilbènes et lignanes, selon le nombre de noyaux aromatiques qu’ils contiennent. Actuellement, les flavonoïdes représentent une des classes de substances actives les plus intéressantes ayant une action sur la santé. On les divise en 6 sous-classes : flavonols (oignons, choux frisé (kale), brocoli, myrtilles…), flavones (surtout dans le persil et le céleri), anthocyanidines (vin rouge, céréales et fruits), flavanols (catéchines présentes dans les abricots, le thé vert et le chocolat) et les proanthocyanidines (retrouvées dans les raisins, les pêches, les pommes, les poires et dans plusieurs breuvages), flavanones (agrumes) et isoflavones (retrouvées presque exclusivement dans les légumineuses, telles que le soja).

1 gramme par jour dans l’alimentation

Les fruits et les boissons (thé et vin rouge) représentent les sources principales de polyphénols, mais dans la plupart des cas, ils en contiennent des mélanges complexes que l’on a peu analysés. Cela explique en partie pourquoi la consommation d’un polyphénol spécifique, ou d’une sous-classe, reste difficile à évaluer. Cependant, il est généralement admis que les humains ingèrent environ 1 gramme de polyphénols par jour (Scalbert & Williamson, 2000).

Des mécanismes encore mal élucidés

Bien qu’il soit établi que le calcium, la vitamine D et les micronutriments sont essentiels pour la santé osseuse, de nombreuses études ont été effectués afin d’élucider le rôle d’autres composants alimentaires sur le remodelage osseux, en particulier les polyphénols (surtout les flavonoïdes). Cependant, on connaît peu de choses des effets des polyphénols sur la santé osseuse par rapport à d’autres maladies ou d’autres voies métaboliques, à l’exception des isoflavones de soja. Chez l’homme, les preuves des effets protecteurs des isoflavones ont été établies lors des études d’observation et d’intervention. Ainsi, chez les Japonaises, la consommation de soja est associée à une plus grande densité osseuse. De surcroît, chez les rongeurs, de nombreuses études ont démontré l’efficacité de compléments alimentaires, contenant de la génistéine, daidzéine (aglycone ou glycoside), ou d’une alimentation riche en protéines de soja, dans la prévention de la perte osseuse dans les suites d’une ovariectomie. Ces effets seraient attribués à l’activité “oestrogène-like” des isoflavones et à leur forte liaison aux récepteurs oestrogéniques. Cela explique en partie pourquoi on les a considérés comme un traitement alternatif potentiel dans la prévention de l’ostéoporose. Si les mécanismes impliqués dans ces effets protecteurs sont peu documentés et mal élucidés, les études in vitro disponibles suggèrent plusieurs mécanismes d’action sur l’os.

Enfin, chez les femmes postménopausées, certaines études d’intervention ont montré qu’un apport de 80-90 mg d’isoflavones/jour prévient la perte osseuse tandis que d’autres n’ont pas trouvé cet effet. Cependant, en pratique, la consommation de produits à base de soja est relativement basse dans les pays occidentaux par rapport aux pays d’Asie où la consommation moyenne est de 20-40 mg/jour. Ainsi, une prévention nutritionnelle de l’ostéoporose reposant essentiellement sur une alimentation riche en soja (avec une consommation classique de calcium et de vitamine D) serait limitée dans les pays occidentaux… Ce qui a conduit certains chercheurs à se focaliser sur d’autres polyphénols pouvant moduler le métabolisme osseux.

Un rôle potentiel important des flavonoïdes

Certaines études épidémiologiques ont évoqué une association entre la consommation de fruits et légumes et la prévention de l’ostéoporose. Les fruits et légumes contiennent des flavonoïdes, polyphénols les plus abondants dans notre alimentation. Ces flavonoïdes antioxydants participeraient à la relation directe entre la consommation de fruits et légumes et une plus importante densité osseuse chez les adultes et les enfants. De nombreuses études chez les rates ont montré que la consommation de certains flavonoïdes inhibe la perte osseuse secondaire à une ovariectomie. Par exemple, la rutine - un glycoside de quercétine - retrouvée surtout dans les oignons, mais également le resvératrol (présent dans le vin rouge), la phloridzine (pommes) ou l’oleuropéine (huile d’olive), avaient la capacité de maintenir la densité osseuse lorsqu’ils étaient introduits dans l’alimentation. On a montré que l’hespérédine, une flavanone, retrouvée en abondance dans les agrumes et surtout les oranges, inhibe la perte osseuse chez les souris et les rates ovariectomisées et que le jus d’agrume prévenait la perte osseuse chez les rats castrés. Il est intéressant de noter que l’hespéridine est beaucoup plus abondante que les isoflavones dans l’alimentation occidentale.

La consommation annuelle d’oranges est de 35 à 50 kg par personne. Ainsi, en Finlande, la consommation estimée de flavonone était de 28,3 mg d'hespérédine/jour (soit 50% de la consommation totale de flavonoïdes), proche de la consommation des femmes asiatiques. Ainsi, ces molécules, ainsi que d’autres micronutriments végétaux, offriraient une excellente voie de recherche nutritionnelle et de développement de nouvelles stratégies de prévention de l’ostéoporose.

Enfin, chez l’homme, la consommation de thé vert a été associée à une densité osseuse plus importante, suggérant un effet des catéchines. Il reste à évaluer les effets de ces polyphénols dans des études d’intervention.

Malgré toutes les preuves provenant des différentes études animales, les mécanismes d’action des flavonoïdes sur l’os restent méconnus à cause de la difficulté de mener des études bien conçues. Ainsi, les métabolites présents dans le sang, après digestion ou transformation hépatique, diffèrent habituellement des composés naturels et ne sont pas tous
connus ou disponibles.

Conclusion

Chez l’homme des études supplémentaires sont requises afin de clairement démontrer les effets protecteurs des polyphénols sur la santé osseuse, car à ce jour, leur capacité de prévenir les risques de fracture n’a pas été évaluée.

Marie-Noëlle Horcajada
Unité de Nutrition Humaine (UNH), INRA Theix, Saint Genès Champanelle, France
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