N° 157 | septembre 2015

Réduire le gaspillage alimentaire : nécessité ou évidence ? – 2e PARTIE –

Même s’il est difficile à évaluer, le gaspillage alimentaire est une réalité facilement perceptible par les consommateurs et citoyens, tout comme par l’ensemble des acteurs des filières alimentaires directement concernées.

Cette prise de conscience se traduit aujourd’hui par des initiatives multiples, individuelles et collectives et des politiques publiques locales ou nationales. Le comité consommateurs d’Aprifel a voulu faire le point sur les enjeux du gaspillage alimentaire sur la base d’expertises et d’expériences publiques et privées, notamment dans le secteur des fruits et légumes. Ainsi, la filière a pris la mesure des questions posées par le gaspillage au niveau économique, environnemental et même éthique. Des solutions sont déjà mises en oeuvre, d’autres s’esquissent grâce à la concertation au sein des filières comme au niveau des territoires.

Une préoccupation d’amont en aval

Au niveau de la filière fruits et légumes, chacun s’emploie à évaluer et à réduire les pertes à tous les stades. Cela passe par des mesures de prévention et par l’organisation des marchés ou la planification de la production de produits souvent périssables. Ces mesures sont mises en oeuvre en filière courte comme en filière longue. Compte tenu des incidences de la météo, la production - en avance ou en retard - peut à certains moments être excédentaire par rapport à la demande. On recense des pertes au champ (1 à 5 % des tonnages récoltés), liées à de nombreuses causes climatiques (gel, grêle, sécheresse), mais aussi pour des raisons sanitaires dues aux maladies et aux ravageurs. Certains produits non vendus peuvent être recyclés par méthanisation, réutilisés en alimentation animale, voire transformés, par exemple, en jus de fruits. Au niveau des stades intermédiaires, dont les grossistes ou marchés de gros, les écarts de tri au calibrage ou les invendus, sont eux aussi recyclés ou réutilisés (soupes, jus de fruits) et parfois donnés aux associations caritatives ou de réinsertion.

Des causes de pertes très diverses

Enfin, au stade de la distribution, de la restauration ou de la consommation, les causes de pertes sont très diverses, entre des produits consommables et non vendables, et des produits non consommables. Les pistes de réutilisation de ces pertes pour éviter ou réduire le gaspillage sont mises en oeuvre autant que possible. En grande distribution, on a ainsi pu évaluer que le principal facteur de « casse » (environ 8 % des volumes) tient à la gestion du rayon et à la gestion de l’approvisionnement (réassortiment) avant les pratiques mêmes des consommateurs. De nombreux acteurs regrettent l’assouplissement des normes publiques qui ont contribué à faciliter les échanges commerciaux sur des bases communes. En contrepartie, cela a favorisé la montée en puissance des cahiers des charges privées et de normes spécifiques, qui tendent à augmenter les pertes par écarts de tri.

Mettre en place des mesures correctives de bonne gestion

Les exemples d’actions favorables en France et à l’étranger, ne manquent pas au niveau des foyers, de la restauration (commerciale ou privée), des distributeurs et des marchés de gros (MIN). Les résultats sont très encourageants avec, à la clé, des économies substantielles. Des expériences sont menées au niveau de la restauration pour évaluer d’abord les pertes et mettre en place des mesures correctives de bonne gestion au niveau de la composition des menus comme des portions. Ces initiatives intègrent la formation et la sensibilisation de tous les acteurs (cuisiniers, gestionnaires, usagers) sans négliger la réutilisation des déchets (les « restes »). De son côté, le comité consommateurs a souligné l’importance de mettre en place des formations professionnelles pour la vente des fruits et légumes.

Ce qui a de la valeur ne se gaspille pas

En conclusion, de nombreuses mesures sont déjà mises en place pour réduire le gaspillage alimentaire, compte tenu de l’attention accordée aux fruits et légumes, à tous les stades de la filière. Si le gaspillage comporte aussi une forte dimension morale et personnelle, les marges de manoeuvre passent par une meilleure valeur attribuée aux produits comme aux métiers de la filière. Car ce qui a de la valeur ne se gaspille pas…ou moins !

Rémi Mer
Journaliste - FRANCE
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