Renforcer la place de la nutrition dans la formation et la pratique des médecins : un enjeu clé pour la santé publique
La nutrition joue un rôle central dans la prévention et la gestion des maladies. Pourtant, elle reste insuffisamment intégrée dans les formations et la pratique des professionnels de santé, notamment des médecins. Face à ces défis, une étude récente examine les raisons de cet état de fait et propose des solutions pour renforcer l’enseignement de la nutrition dans les cursus de santé, en soulignant notamment l’importance d’une approche interdisciplinaire et d’une formation adaptée aux réalités du terrain.
L’alimentation est un déterminant clé de santé, jouant un rôle central dans la prévention et la prise en charge des maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’obésité. De nombreuses études soulignent notamment l’impact positif d’une prise en charge nutritionnelle adaptée dans la réduction des complications et des hospitalisations (Stratton et al., 2018).
Pourtant, la nutrition reste largement sous-exploitée dans les stratégies thérapeutiques, souvent éclipsée par les approches médicamenteuses et chirurgicales. Ce paradoxe s’explique, en partie, par le manque de place donnée à la nutrition dans la formation des professionnels de santé, notamment des médecins. De nombreux praticiens font ainsi état d’un manque de connaissances et d’outils pratiques pour intégrer efficacement la nutrition dans leur pratique (Crowley et al., 2019 ; Lepre et al., 2021). Une situation identifiée depuis de nombreuses années (Martin, 2009).
Dans ce contexte, l’étude d’Agwara et al. 2024 examine les obstacles freinant l’intégration de la nutrition en médecine, tout en proposant des stratégies pour renforcer son enseignement.
Une place insuffisante pour la nutrition dans la formation des médecins
Ce travail présente l’évaluation d’ateliers de formation proposés dans le cadre du projet « Nutrition Education Policy in Healthcare Practice (NEPHELP), un programme de formation mis à disposition des professionnels de santé en Angleterre. Au total, 6 ateliers menés auprès de 169 participants – étudiants et professionnels en exercice – (voir méthodologie) ont été évalués.
Si le taux de réponse aux questionnaires reste relativement faible (10%), la majorité des répondants juge pertinents les ateliers proposés. Interrogés sur leur cursus, la plupart estiment que la formation des médecins en nutrition est insuffisante. L’étude met notamment en évidence que la nutrition est souvent traitée comme un domaine secondaire, alors qu’elle devrait être perçue comme essentielle dans le cadre du suivi et du traitement des patients.
Parmi les principaux freins cités figurent un cursus de formation déjà surchargé, le manque de formateurs qualifiés et la divergence d’opinions quant à la priorité à accorder à la nutrition.
Le besoin de mieux identifier leur rôle et de se référer à des pairs experts
Cette étude a également identifié l’importance des modèles professionnels pour soutenir l’apprentissage de la nutrition dans l’enseignement médical. Les résultats de l’évaluation indiquent notamment que les ateliers proposés étaient mieux reçus lorsqu’ils étaient animés par des médecins connus des participants et qu’ils incluaient un contexte et des exemples locaux. Ce constat souligne la nécessité d’une approche pédagogique impliquant plusieurs acteurs du système de santé afin de garantir une diffusion efficace des connaissances et des bonnes pratiques.
D’autre part, de nombreux de participants évoquent un manque de clarté sur les rôles et les responsabilités des différents acteurs de la santé concernant les soins nutritionnels. En conséquence, il existe une réelle réticence des médecins à aborder le sujet avec leurs patients.
La nécessité d’une approche multidisciplinaire pour une prise en charge nutritionnelle optimale
Ainsi, dans les pratiques actuelles, l’accompagnement nutritionnel est souvent laissé aux diététiciens et nutritionnistes. Pourtant, de nombreux travaux soulignent que pour être réellement efficace, la prévention nutritionnelle devrait être une mission partagée entre plusieurs professions de santé (Curran, 2004 ; Ying-Yi Xie et al., 2021). D’autres études suggèrent également que la collaboration entre professionnels favorise un environnement de pratique positif et améliore les résultats de santé des patients (Macdonald et al., 2010).
Ainsi, une telle coopération interdisciplinaire ne se limite pas à une meilleure répartition des rôles, mais renforce également la capacité des professionnels de santé à fournir des conseils nutritionnels adaptés et fondés sur des données scientifiques. Cette approche contribue in fine à une prise en charge plus globale et efficace des patients, en intégrant la nutrition comme un pilier central du parcours de soins.
Renforcer les compétences des professionnels par la formation continue et le soutien d’experts
Pour surmonter les défis identifiés, les auteurs de cette étude proposent des solutions pratiques et structurelles telles que l’introduction de programmes de formation continue sur la nutrition, accessibles à tous les professionnels de santé. Ces formations devraient notamment inclure des modules sur la nutrition clinique, les liens entre alimentation et maladies chroniques, ainsi que des techniques de communication pour accompagner efficacement les patients. L’étude souligne également l’importance de l’évaluation des compétences nutritionnelles pour assurer une application efficace des connaissances dans la pratique clinique.
En outre, l’étude recommande la création de groupements de spécialistes pour soutenir les facultés de médecine et les soignants dans l’enseignement de la nutrition. En fournissant ressources et expertise, cette initiative interdisciplinaire viendrait compléter la formation initiale des professionnels de santé tout en renforçant l’intérêt pour la nutrition dans le parcours de soins.
Basé sur: Agwara E, Martyn K, Macaninch E, et al. Finding the place for nutrition in healthcare education and practice. BMJ Nutrition, Prevention & Health 2024;0:e000692.
- Les médecins jugent insuffisante la formation en nutrition, souvent reléguée au second plan dans leur cursus, malgré son importance pour le suivi et le traitement des patients.
- La nutrition doit être une responsabilité partagée entre professionnels de la santé, favorisant ainsi une meilleure prise en charge des patients.
- La création de groupements de spécialistes peut compléter la formation des professionnels, en apportant des ressources et de l’expertise en nutrition.