Professionnels de santé : comment renforcer la place de la prévention nutritionnelle ?

Édito

Alors que le lien entre alimentation et santé est de plus en plus évident tant pour la population générale que pour les professionnels de santé (CREDOC, 2019 ; Santé Publique, 2019 ; Guillaumie et al., 2020), les données montrent que la qualité nutritionnelle de l’alimentation et notamment la consommation de fruits et légumes est souvent sous optimale. Il est donc important de comprendre les obstacles qui limitent l’accès à une alimentation équilibrée et, de voir comment y remédier, notamment en impliquant plus les professionnels de santé dans l’accompagnement de leurs patients dans les changements des habitudes alimentaires.

Malgré leur intérêt manifeste pour la nutrition, les professionnels de santé sont freinés dans leurs actions en matière de prévention. Ils rencontrent en effet des difficultés à appréhender leur rôle exact par manque de formation initiale et continue, mais aussi par des contraintes de temps inhérentes aux durées de consultations. Tous ces facteurs limitent les possibilités d’établir le dialogue nécessaire pour accompagner des modifications du mode de vie notamment sur l’alimentation.

Pour surmonter ces freins, plusieurs outils et initiatives cherchent à faciliter la prévention nutritionnelle, néanmoins ils restent encore insuffisants. Des guides et recommandations issus des instances de santé publique fournissent un cadre d’action (PNNS 4) et des lignes directrices de prise en charge de certaines pathologies ou situations physiologiques (HAS). Des outils d’évaluation nutritionnelle, tels que des questionnaires standardisés, aident à identifier les besoins spécifiques des patients. Des formations continues, souvent sous forme de webinaires ou d’ateliers pratiques, cherchent quant à elles à renforcer les compétences des praticiens et leur confiance dans ce domaine.

Ce mois-ci, le numéro d’Equation Nutrition met en lumière des ressources disponibles pour les professionnels de santé en matière de prévention nutritionnelle et identifie des leviers à actionner pour améliorer ces outils et renforcer leur efficacité.

Le premier article souligne l’importance d’intégrer la nutrition dans la formation et la pratique des professionnels de santé afin d’améliorer la qualité des soins. Dressant le bilan d’ateliers menés auprès de 169 praticiens en Angleterre, ce travail montre que les sessions menées localement et animées par des médecins sont les plus efficaces pour renforcer la place de la nutrition dans le cursus des étudiants de médecine.

Le deuxième article explore l’influence des expériences personnelles sur les comportements alimentaires des professionnels de santé et leur capacité à fournir des conseils nutritionnels. À travers des interviews qualitatives de 22 professionnels, trois thèmes principaux émergent : l’impact des expériences de vie sur la confiance en soi, l’apprentissage par observation et modélisation, et l’influence des interactions sociales. Les auteurs suggèrent que les stratégies visant à améliorer les régimes alimentaires des professionnels doivent être soutenues par un environnement social favorable pour améliorer les soins qu’ils prodiguent.

Enfin, le troisième article évalue l’efficacité de l’entretien motivationnel par téléphone sur l’activité physique et la consommation de fruits et de légumes de 232 participants. Les résultats montrent que l’entretien motivationnel est efficace pour encourager l’activité physique et la consommation de fruits, tout en soulevant des questions sur son impact sur l’apport en légumes. Ces observations renforcent toutefois l’intérêt de l’entretien motivationnel dans la promotion d’habitudes de vie saines.

Ensemble, ces articles illustrent comment la formation, les expériences personnelles des professionnels de santé, ainsi que la qualité de leur environnement de travail jouent un rôle déterminant dans leur capacité à accompagner les patients vers des habitudes alimentaires plus saines. Ces études appellent à une révision des approches éducatives et organisationnelles pour intégrer pleinement la nutrition dans les soins. Investir dans des formations adaptées et des environnements favorables pourrait non seulement améliorer la santé des patients, mais aussi renforcer l’engagement des professionnels dans la prévention durable des maladies non transmissibles.

Martine Laville Professeur Emérite
Université Lyon 1
A propos de l’auteur

Martine Laville est diplômée en médecine, spécialisée en endocrinologie, diabétologie et nutrition. Elle est Docteur en sciences biologiques Elle a été nommée Professeur de Nutrition à Lyon en 1997 (Hospices Civils de Lyon et Université Lyon 1) a dirigé le Centre de Recherche en Nutrition Humaine Rhône-Alpes de 1996 à 2016 et a été co-responsable de l’équipe « Adaptations nutritionnelles, environnement et diabète » (INSERM U1060 – Université Lyon-1). Elle a coordonné le réseau Nutrition d’ECRIN (European Clinical Research Infrastructure Network) et le réseau de recherche clinique sur l’obésité FORCE (French Obesity Research Centre of Excellence). Elle a été présidente du Conseil National des Universités pour la Nutrition et présidente de la Commission Médicale d’Etablissement de son hôpital.
Elle est actuellement Professeur émérite de l’Université Lyon 1 depuis 2021. Elle a été chargée par le Ministère de la Santé et le Ministère des solidarités et du handicap de faire des propositions sur la prévention et la prise en charge de l’obésité en France. Son rapport remis en avril 2023 comporte 40 recommandations sur 4 axes et devrait servir de base à un futur plan Obésité.

Note de l’équipe d’Aprifel – Également à découvrir dans ce numéro d’Equation Nutrition
  • Notre infographie sur les différentes étapes de l’entretien motivationnel
  • Notre avis d’expert – Maisons de santé : 2 questions à Aïcha ISSA
  • 5 conseils pratiques pour faire de la prévention à tout âge
  • 5 articles récents issus de notre veille sur l’alimentation saine et durable
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