N° 226 | avril 2022
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Environnements alimentaires - Comment façonnent-ils nos choix ?

Utiliser les stratégies publicitaires pour promouvoir les fruits et légumes pourrait améliorer l’alimentation des enfants

Les aliments riches en calories/ trop gras, salés, sucrés sont largement promus auprès des enfants via des leviers publicitaires et médiatiques. Cette exposition contribue à l’environnement obésogène et a des effets néfastes sur les comportements alimentaires des plus jeunes. L’OMS considère même le marketing pour les produits trop gras/salés/sucrés comme l’un des contributeurs de l’épidémie actuelle d’obésité infantile. Une récente revue de la littérature dresse un état des lieux des connaissances actuelles sur les effets du marketing sur les comportements alimentaires des enfants et invite à utiliser ces leviers pour encourager la consommation d’aliments sains tels que les fruits et légumes.

Les enfants et les adolescents font partie des publics cibles majeurs pour les spécialistes du marketing alimentaire (John, 2019). En effet, ces publics influencent les achats de produits alimentaires par trois voies (Story, 2004) :

  • les enfants ont un pouvoir d’achat intrinsèque via leur argent de poche, souvent utilisé pour acheter des snacks et confiseries,
  • ils sont prescripteurs des achats familiaux, leur parents achetant les produits qu’ils demandent
  • ils grandissent et deviennent des adultes responsables des achats, l’objectif pour les marques est, ainsi, de faire des enfants touchés des consommateurs à vie.

Le marketing alimentaire entraine une modification des consommations alimentaires des enfants et des apports énergétiques accrus

De multiples revues de la littérature montrent que l’exposition des enfants au marketing pour les aliments très caloriques, gras/ salés/ sucrés est associée à une attitude plus positive et à une préférence pour ces aliments. En conséquence, les enfants demandent plus fréquemment à leur parents d’acheter ces produits, ont davantage tendance à les acheter seuls et leur consommation augmente (Smith, 2019 ; Boyland, 2016 ; Folkvord, 2016).

Des travaux de recherche estiment également que l’exposition au marketing pour les aliments très caloriques, gras/ salés/ sucrés est associée à une augmentation immédiate de la consommation de 30 à 50 kcals par les enfants. Par ailleurs, ces études montrent que les enfants (7-12 ans) ne compensent pas ces apports supplémentaires en réduisant leurs consommations lors des repas suivants (Russel 2019 ; Norman, 2018).

Ainsi, au fil du temps, l’exposition répétée au marketing alimentaire risque d’entraîner une augmentation du poids. A fortiori, les enfants ont de la difficulté à résister à l’influence du marketing alimentaire.

Les produits gras/salés/sucrés représentent 65 à 80 % de l’ensemble du marketing alimentaire

L’environnement médiatique des enfants est riche en représentations de produits alimentaires. Diverses analyses de contenu montrent que la majorité des aliments montrés sont nutritionnellement peu intéressants et que les modes de consommation représentés ne correspondent pas à des habitudes alimentaires saines (Alruwaily,2020 ; Qutteina, 2019). Par exemple, dans les films pour enfants, près de la moitié des aliments correspondent à du fast foods, des snacks salés, des boissons gazeuses ou des bonbons, consommés en portions surdimensionnées.

Dans les médias numériques (y compris réseaux sociaux), les produits gras/salés/sucrés représentent 65 à 80 % des produits promus. De même, sur YouTube la majorité des aliments promus par les influenceurs sont classés comme “à limiter pour la santé” (Coates, 2019).

Créer un environnement alimentaire où le choix sain est le choix le plus simple

Au-delà de leur omniprésence publicitaire et médiatique dans l’univers des enfants, les aliments gras/ salés/ sucrés ont des propriétés intrinsèquement gratifiantes qui les rendent naturellement plus « désirés » et « appréciés » que les fruits et légumes. Leur promotion renforce encore cette valeur gratifiante, ce qui induit des comportements alimentaires malsains chez les enfants. L’OMS considère, ainsi, le marketing pour les produits trop gras/salés/sucrés comme l’un des contributeurs de l’épidémie actuelle d’obésité infantile (WHO, 2019).

Face à ce constat, les auteurs de la revue appellent, d’une part, à mieux encadrer le marketing alimentaire pour réduire l’exposition des plus jeunes. D’autre part, ils invitent les autorités de santés et les acteurs professionnels à s’emparer des leviers publicitaires pour encourager l’adoption de comportements alimentaires sains, tels que la consommation accrue de fruits et légumes.

En effet, bien qu’il existe de nombreuses stratégies pour encourager la consommation de fruits et légumes chez les enfants – programmes d’éducation alimentaire à l’école, action d’information à destination des parents, etc. – peu d’études ont cherché à évaluer le potentiel des leviers publicitaires pour renforcer la valeur et l’envie d’en consommer.

Les auteurs appellent ainsi à la mise en place de travaux de recherche visant à tester systématiquement des méthodes nouvelles et innovantes pour rendre les fruits et légumes plus attrayants et augmenter durablement leur consommation chez les enfants.

Basé sur : Folkvord, F., Naderer, B., Coates, A., & Boyland, E. (2022). Promoting Fruit and Vegetable Consumption for Childhood Obesity Prevention. Nutrients, 14(1), 157.

Messages clés
  • Modifier l’environnement publicitaire et médiatique auxquels les enfants et adolescents sont exposés en limitant le marketing des aliments très caloriques et en augmentant celui des aliments sains, comme les fruits et légumes, est un levier efficace et nécessaire pour améliorer les consommations alimentaires des enfants
  • Cette mesure pourrait également favoriser un système alimentaire plus sain dans lequel le choix le plus sain serait le choix le plus simple
  • Cela permettrait de réduire le risque de développer des maladies chronique à l’âge adulte, de lutter contre l’obésité infantile, d’améliorer la santé des enfants et de rendre le système alimentaire plus durable
Références
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