Aller vers des environnements alimentaires favorables à la santé nécessite des approches systémiques répondant à leur caractère multidimensionnel

Renforcer l’esprit critique des jeunes face aux environnements alimentaires numériques délétères et omniprésents

À l’heure où les jeunes consacrent une part importante de leur temps en ligne, les réseaux sociaux façonnent en profondeur leur rapport à l’alimentation. Une revue récente s’est intéressée à l’environnement alimentaire numérique et à l’influence des réseaux sociaux sur les choix alimentaires des enfants et des adolescents. Ce travail met notamment en lumière les mécanismes de promotion d’aliments en ligne. Il montre également que cette promotion concerne de manière disproportionnée des aliments dont la consommation devrait rester occasionnelle. Face à ces constats, les auteurs plaident pour une approche globale, combinant règlementation, littératie médiatique et engagement parental, afin de mieux équiper les jeunes face à cet environnement numérique omniprésent et délétère.

L’essor des réseaux sociaux a profondément transformé les environnements alimentaires, en particulier ceux des enfants et des adolescents (Lewis, 2010). Les plateformes telles que TikTok, Instagram ou encore Youtube sont devenues des espaces centraux de socialisation et de consommation, où les jeunes sont fréquemment exposés à des contenus liés à l’alimentation (Vogels et al., 2022 ; Giovanelli et al., 2020). Cette exposition permanente façonne leurs comportements, en les rendant particulièrement perméables aux messages déployés en ligne.

La qualité des informations présentes sur les réseaux sociaux concernant l’alimentation pose, quant à elle, question. De multiple travaux alertent notamment vis-à-vis de messages simplistes ou erronés diffusés par des influenceurs manquant de formation, de promotions déguisées via des partenariats, d’un marketing disproportionné en faveur d’aliments dont la consommation devrait rester occasionnelle, ou encore des effets du ciblage publicitaire et des algorithmes de personnalisation du contenu.

Cette réalité soulève des préoccupations majeures en termes de santé publique, dans un contexte où les maladies non transmissibles liées à l’alimentation ne cessent de progresser (OMS, 2024). Dans ce contexte, l’étude de Lafontaine et al., 2025 propose un examen approfondi de la littérature sur l’influence des réseaux sociaux sur l’environnement alimentaire des jeunes.

Une exposition permanente à la promotion de produits ultra-transformés de faible valeur nutritionnelle

L’étude souligne la forte exposition des enfants et adolescents aux publicités alimentaires, celles-ci étant majoritairement dominées par la promotion de produits ultra-transformés riches en sel, sucres et graisses. Souvent mises en scène de façon ludique et interactive, ces publicités bénéficient d’un pouvoir de persuasion important. La littérature montre ainsi que les techniques marketing employées influencent directement les préférences et les choix alimentaires des jeunes. Cette capacité à moduler les comportements constitue un marqueur typique d’un environnement obésogène (Swinburn et al., 2011).

Les effets de cette surexposition se cumulent sur plusieurs plateformes numériques telles que TikTok, Instagram ou encore Youtube, ce qui contribuent à l’établissement d’habitudes durables. Parmi ces dernières figurent notamment les comportements d’insistance et la consommation spontanée d’aliments moins favorables à la santé (McCarthy et al., 2022). Par ailleurs, les travaux disponibles soulignent que ces nouveaux médias facilitent la création de liens émotionnels avec les marques alimentaires (Boyland and Whalen, 2015).

Ainsi, la littérature montre que les réseaux sociaux participent activement à la socialisation des adolescents autour de l’alimentation, en structurant la manière dont ils perçoivent et partagent leurs expériences liées à la nourriture (Ragelienė & Grønhøj, 2021). Cette dynamique s’appuie sur des normes sociales valorisant la consommation d’aliments attractifs, souvent promus par des influenceurs. Plusieurs travaux révèlent notamment que ces effets sont plus marqués chez les adolescents et dans certains pays comme les Etats-Unis où la règlementation est plus permissive (Potvin Kent et al., 2023).

Les réseaux sociaux vecteurs de l’image des marques

Au-delà de la promotion de produits alimentaires, les auteurs soulignent que les réseaux sociaux permettent également de raconter l’histoire des marques et de construire leur image. Une analyse des communications de grandes entreprises sur Twitter en Australie montre comment les marques s’appuient sur des références à la santé publique, commentent les aspects contraignants des réglementations ou encore capitalisent sur cet espace d’expression pour participer aux débats sur les politiques alimentaires (Hunt, 2021).

Ces stratégies s’inscrivent dans une logique plus large de déterminants commerciaux de la santé, qui décrivent la manière dont les pratiques des acteurs économiques peuvent influencer les environnements sociaux et politiques liés à la santé. Sur les plateformes numériques, des initiatives telles que la responsabilité sociétale sont, par exemple, régulièrement mises en avant et valorisent un engagement en faveur de la santé et/ou de l’environnement (Loureiro et al., 2019). Bien qu’elles puissent avoir un impact positif, les auteurs soulignent que ces communications soulèvent également des questions sur la transparence des intentions et la capacité des plus jeunes à en saisir les enjeux.

Pour les marques, les réseaux sociaux remplissent ainsi une double fonction : ils sont à la fois de puissants vecteurs pour promouvoir leurs produits et des leviers stratégiques pour influencer les perceptions et les discussions autour de l’alimentation.

Littératie médiatique et développement de l’esprit critique : des éléments clés pour appréhender l’environnement numérique actuel

Dans un paysage numérique surchargé d’informations et de sollicitations commerciales, les auteurs pointent l’importance de l’acquisition de compétences en littératie médiatique. Cette capacité à analyser, évaluer et décoder les contenus diffère de la simple littératie alimentaire (Elliott et al., 2022). Ces compétences permettent notamment aux jeunes de décoder les stratégies de marketing et d’identifier les contenus sponsorisés. Toutefois, leur développement reste marginal : une étude américaine présentée dans ce travail révèle que seuls 3,5% des adolescents interrogés déclarent utiliser les réseaux sociaux pour rechercher des informations sur la santé (Plaisime et al., 2020). Pourtant, la majorité d’entre eux sont exposés – souvent sans le savoir – à des contenus liés à la nutrition.

Ainsi, plusieurs travaux appellent à intégrer des approches pédagogiques plus actives pour développer les compétences d’analyse critique du marketing alimentaire chez les plus jeunes (Elliott et al., 2022). Enfin, il apparaît essentiel que les parents soient eux-aussi sensibilisés au marketing alimentaire afin de leur donner des clés pour les aider à renforcer l’esprit critique de leurs enfants (Han et al., 2010).

Si ce travail sur le développement de la littératie numérique est essentiel, les auteurs souligne qu’il ne peut suffire à lui seul. Ainsi, en conclusion de ce travail ils appellent à agir sur deux leviers complémentaires :

  • Mieux encadrer le marketing alimentaire, en particulier numérique, pour pallier les dérives actuelles ;
  • Transformer de l’environnement alimentaire numérique pour qu’il devienne favorable à la santé. Pour ce faire, les auteurs invitent les acteurs de la santé publique et l’ensemble des parties prenantes à s’emparer des outils de marketing numérique pour promouvoir les aliments et comportements à favoriser (Folkvord et al., 2021).

Basé sur : Lafontaine, J., Hanson, I., & Wild, C. (2025). The impact of the social media industry as a commercial determinant of health on the digital food environment for children and adolescents: a scoping review. BMJ global health, 10(2), e014667.

Méthodologie
Messages clés
  • Les réseaux sociaux exposent massivement les enfants et adolescents à la promotion d’aliments ultra-transformés de moindre qualité nutritionnelle, contribuant à un environnement alimentaire obésogène.
  • Les plateformes numériques jouent un rôle croissant dans l’élaboration des discours de marque et offrent un espace d’expression leur permettant de s’impliquer dans les débats publics sur l’alimentation et la santé.
  • Une approche systémique combinant réglementation, littératie médiatique et mobilisation parentale est indispensable pour faire évoluer l’environnement numérique vers un cadre plus favorable à une alimentation saine chez les jeunes.
Références
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