La littératie alimentaire, un levier pour adopter une alimentation plus riche en fruits et légumes

Littératie médiatique en santé : développer l’esprit critique des adolescents pour permettre des choix plus autonomes et éclairés

La consommation de fruits et légumes reste largement insuffisante chez les enfants et les adolescents à travers le monde. En Thaïlande comme ailleurs, ce constat persiste, malgré les actions mises en place. Une étude menée auprès de collégiens thaïlandais explore le rôle encore peu connu de la littératie médiatique en santé dans l’adoption de comportements alimentaires favorables. Ce travail met en lumière une convergence entre littératie médiatique en santé, exposition à l’information en santé et consommation de fruits et légumes. Il souligne également l’importance de renforcer les compétences en termes d’analyse critique à l’école et d’identifier les publics les plus éloignés des recommandations pour mieux cibler les actions.

Une consommation insuffisante de fruits et légumes est responsable d’environ 42.6 millions de décès dans le monde et constitue un facteur de risque majeur pour les maladies chroniques (Global Burden Disease, 2025). Chez les enfants et les adolescents, un apport insuffisant en fruits et légumes peut altérer la croissance, nuire aux performances scolaires et limiter l’adoption d’habitudes alimentaires saines à l’âge adulte (Cockroft et al., 2005 ; te Velde et al., 2007 ; Matthews et al., 2011). Pourtant, les apports en fruits et légumes des plus jeunes restent bien en deçà des recommandations de l’OMS.

À l’échelle mondiale, l’apport quotidien en fruits et légumes est en moyenne inférieur de 20 à 50 % aux recommandations.
(FAO 2017, OMS, 2003)

En Thaïlande, les enfants de 6 à 14 ans consomment en moyenne 201g de fruits et légumes jour, un apport bien en-dessous des 320g conseillés (Hong & Piaseu, 2017). Malgré des initiatives publiques, tels que les programmes de soutien à la restauration scolaire, la tendance est à la baisse, notamment chez les adolescents issus de milieux urbains.

De nombreux facteurs influencent la consommation de fruits et légumes chez les jeunes : l’âge, le genre, le statut socio-économique des parents, l’attitude des jeunes à l’égard des fruits et légumes, ou encore la disponibilité de ces aliments à la maison (Rasmussen et al., 2006 ; Jones et al. 2010). L’exposition à des contenus positifs liés à la santé, l’éducation aux médias et l’éducation à la santé font partie des facteurs favorisant la consommation de fruits et légumes (Oberne et al., 2022).

La littératie médiatique en santé, un nouveau concept à considérer pour améliorer les comportements alimentaires

L’étude menée par Jindarattanaporn et al. propose d’explorer un levier encore peu investi : la littératie médiatique en santé. Ce concept récent combine littératie médiatique – savoir identifier des sources fiables, repérer les biais ou les intentions commerciales – et littératie en santé – savoir interpréter des recommandations ou des données médicales (Levin-Zamir, 2011). La littératie médiatique en santé désigne, ainsi, la capacité à accéder, comprendre, évaluer et utiliser de manière critique les informations en santé diffusées dans les médias, y compris les réseaux sociaux et les plateformes numériques.

L’étude de Jindarattanaporn et al. s’est ainsi intéressée aux liens entre le niveau de littératie médiatique en santé et la consommation de fruits et légumes dans un échantillon représentatif de 1 871 collégiens thaïlandais âgés de 10 à 14 ans. Un questionnaire a permis de recueillir les caractéristiques socio-démographiques des jeunes, leur exposition aux médias, aux informations en santé, leur niveau de littératie médiatique en santé, et leurs habitudes de consommation de fruits et légumes (voir méthodologie). Concernant spécifiquement l’évaluation de la littératie médiatique en santé, les participants ont visionné 4 courtes vidéos – 2 concernant des messages de santé publique ; 2 concernant des publicités pour des aliments dont la consommation est à limiter. Pour chaque vidéo, un questionnaire a permis d’évaluer les 4 domaines de la littératie médiatique en santé : perception et compréhension du message, analyse, évaluation et intention d’agir, aboutissant à un score global sur 60.

La littératie médiatique en santé, un facteur différenciant dans la consommation de fruits et légumes

Les résultats montrent, qu’en Thaïlande, Internet est devenu la principale source d’information en santé pour les 10 à 14 ans. Près de 70% des jeunes étant exposés aux informations en santé par ce biais. Le score de littératie médiatique en santé des jeunes Thaïlandais était d’environ 37/60, un score considéré comme relativement faible par les auteurs, comparé à celui d’autres pays.

L’exposition à l'information en santé et le niveau de littératie médiatique en santé étaient les facteurs prédictifs les plus importants de la consommation de fruits et légumes. D’autres facteurs, tels que les résultats scolaires et l’état de santé influencent la consommation de fruits ; tandis que l’âge, le lieu de résidence, le niveau scolaire, le montant de l’argent de poche et l’IMC sont associés à la consommation de légumes.

Enfin, ce travail montre que plus le score de littératie médiatique en santé est élevé, plus les jeunes sont susceptibles de consommer des fruits et légumes. Ainsi, cette étude suggère que les adolescents disposant de compétences suffisantes sur l’analyse critique– autrement dit un bon niveau de littératie médiatique en santé – traduisent davantage l’information à laquelle ils sont exposés en comportements bénéfiques à leur santé. Ces derniers sont davantage capables de repérer les messages trompeurs, d’identifier les sources fiables et d’intégrer les recommandations nutritionnelles dans leur quotidien. Ils semblent ainsi mieux armés pour faire face à la complexité de l’environnement numérique.

Renforcer les compétences critiques à l’école : un levier pour améliorer la littératie médiatique en santé

Ce travail observe un score de littératie en santé relativement bas chez les jeunes Thailandais, notamment sur les capacités d’analyse critique. Cette observation pourrait être liée au type de méthodes pédagogiques utilisées à l’école. En effet, dans plusieurs pays de l’ASEAN, dont la Thaïlande, l’enseignement repose encore largement sur la mémorisation et l’apprentissage passif. Selon les auteurs, ces méthodes limitent l’acquisition de compétences telles que l’esprit critique et l’analyse ou la résolution de problèmes, essentielles à la compréhension des messages de santé. À l’inverse, des systèmes éducatifs comme ceux de Singapour valorisent l’autonomie intellectuelle et l’interactivité en classe (Deng et al., 2023). Ces approches actives se traduisent par des scores PISA plus élevés, mais aussi par une plus grande capacité des jeunes à traiter de manière critique l’information en santé.

Afin d’améliorer les capacités d’analyse critique des jeunes Thaï et de renforcer la littératie médiatique en santé les auteurs plaident pour son intégration dans les cursus scolaires comme socle essentiel à l’autonomie des jeunes dans leurs choix de santé, notamment en matière d’alimentation. A cette fin, ils invitent à faire évoluer les modalités d’enseignement, à former les enseignants et à proposer des outils adaptés à l’environnement numérique des adolescents.

Littératie médiatique en santé : cibler les populations les plus éloignées des recommandations

Enfin, les résultats de l’étude mettent en évidence plusieurs facteurs socioéconomiques et contextuels associés à une consommation moindre de fruits et légumes, suggérant la nécessité de stratégies ciblées. En particulier, les adolescents disposant d’une plus grande autonomie financière consomment significativement moins de légumes. Cette tendance, déjà observée en Thaïlande, s’explique par l’utilisation majoritaire de l’argent de poche pour acheter des produits ultra-transformés dans des épiceries de proximité (Jindarattanaporn et al., 2023). Ce phénomène n’est pas propre à la Thaïlande et a également été observé en Chine, au Ghana et au Royaume-Uni (Abizari et al., 2019).

Par ailleurs, l’état de santé semble influencer les comportements. Les jeunes atteints de maladies chroniques déclarent ainsi consommer plus de fruits et légumes que ceux en bonne santé. Cette observation pourrait s’expliquer par une plus grande sensibilisation aux enjeux de prévention, mais aussi par l’implication accrue des familles dans la gestion de la santé au quotidien (Green et al., 2005 ; Muksing et al., 2023).

Ainsi, dans le contexte thaïlandais, ce travail invite à une approche ciblée afin de toucher préférentiellement les jeunes les plus éloignés des recommandations : ici ceux disposant d’une plus grande autonomie financière et les jeunes en bonne santé.

Basé sur : Jindarattanaporn N, Rittirong J, Phulkerd S, Thapsuwan S, Thongcharoenchupong N. Are exposure to health information and media health literacy associated with fruit and vegetable consumption? BMC Public Health. 2023 Aug 16;23(1):1554.

Méthodologie
Messages clés
  • La littératie médiatique en santé joue un rôle déterminant dans la consommation de fruits et légumes chez les adolescents, au-delà de la simple exposition à l’information santé.
  • Renforcer la littératie médiatique en santé à l’école, en développant les compétences d’analyse critique, constitue un levier essentiel pour promouvoir des comportements alimentaires favorables dès le plus jeune âge.
  • Les politiques de santé publique doivent cibler les jeunes les plus vulnérables en adaptant les campagnes à leurs environnements numériques et sociaux.
Références
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