Co-construire les systèmes alimentaires avec les consommateurs : une matinée d’information organisée au Salon de l’Agriculture

11 mars 2026

Le 26 février dernier, Aprifel a organisé 2 conférences à l’occasion du Salon International de l’Agriculture. La première, en partenariat avec l’Académie d’agriculture de France, a illustré la nécessité de co-construire les systèmes alimentaires avec le consommateur. La seconde, en partenariat avec le Haut-Commissariat à l’enfance, a traité des enjeux de l’éducation à l’alimentation. Cette matinée a réuni près de 100 personnes.

En ouverture de cette matinée, Erwan de Gavelle, chef du bureau de la politique de l’alimentation au ministère chargé de l’Agriculture, Chantal Gascuel, secrétaire perpétuelle de l’Académie d’agriculture de France et Christel Teyssedre présidente d’Aprifel ont rappelé les enjeux associés à  l’évolution des comportements  et systèmes alimentaires que ce soit dans une optique sanitaire, sociale ou environnementales. Par son action, Aprifel cherche à y contribuer, avec la conviction que ces transitions doivent être scientifiquement fondées et co-construites avec les consommateurs.

EGEA, une initiative originale pour des systèmes alimentaires co-construits avec le consommateur

C’est forte de ces convictions qu’Aprifel a créée, en 2003, la conférence EGEA. Le Dr Jean-Michel Lecerf, médecin nutritionniste, membre de l’Académie d’agriculture de France et du Conseil scientifique d’Aprifel, est ainsi revenu sur les enseignements tirés des neuf éditions d’EGEA. Ces rencontres, organisée par Aprifel ont permis de favoriser les échanges entre disciplines et entre acteurs – chercheurs, professionnels de santé, institutions et société civile Ainsi, ces évènements ont permis de mieux comprendre les déterminants des comportements alimentaires, d’intégrer les attentes des consommateurs dans les réflexions scientifiques concernant l’alimentation saine et durable et de formuler des leviers d’action scientifiquement fondées.

La 10ème édition EGEA aura lieu cette année, du 7 au 9 octobre, à Montpellier. Dans la continuité des éditions précédentes, elle s’attachera à réfléchir aux besoins, attentes et possibilités actuelles des consommateurs concernant la consommation de fruits et légumes pour formuler des recommandations visant à rendre nos systèmes alimentaires plus durables via, notamment, une atteinte accrue des recommandations.

Lutte contre la précarité alimentaire : agir, dès le plus jeune âge, sur les déterminants sociaux

Alors que le contexte économique contraint les choix alimentaires d’un nombre croissant de Français, la lutte contre la précarité alimentaire illustre elle aussi l’importance des visions croisées et de la co-construction avec les bénéficiaires.

Par leurs interventions, Laurence Perrin, référente régionale nutrition à l’Agence régionale de santé Île-de-France, et Marie Courant, fundraiser mécénat du Programme Malin ont illustré ces enjeux.

Les deux interventions ont mis en évidence la nécessité d’agir à la fois sur les déterminants sociaux de l’alimentation et sur les périodes clés de la vie. Ainsi, Laurence Perrin a rappelé que les inégalités alimentaires et sanitaires ne peuvent être expliquées uniquement par les choix individuels. Elles s’inscrivent dans des dynamiques structurelles liées aux conditions socio-économiques, à l’accès aux aliments et à l’environnement social. Les maladies chroniques liées à l’alimentation touchent ainsi davantage les populations en situation de vulnérabilité.

En Île-de-France, 14,5 % de la population est en situation d’insécurité alimentaire, contre 11 % au niveau national.

Face à ces constats, les politiques nutritionnelles doivent dépasser une approche centrée sur l’information et développer des stratégies plus globales associant les acteurs de la santé, de l’alimentation, des territoires et les bénéficiaires.

Marie Courant a ensuite présenté le Programme Malin, une initiative visant à réduire les inégalités nutritionnelles dès les 1000 premiers jours de vie, une période déterminante pour la santé future des enfants. Le programme combine accompagnement éducatif et soutien budgétaire aux familles afin de faciliter l’accès à une alimentation adaptée aux jeunes enfants. Depuis sa création, plus de 100 000 familles ont été accompagnées. Le dispositif est également adossé à une évaluation scientifique à travers l’étude ECAIL, qui suit plus de 600 familles de la grossesse jusqu’au 2,5 ans de l’enfant afin d’analyser l’impact des actions sur les pratiques alimentaires et la santé des enfants.

Traduire la science en actions : regards de jeunes chercheurs

La matinée a également donné la parole à deux doctorantes dont les travaux illustrent, eux aussi, l’importance d’approches interdisciplinaires et participatives pour mieux comprendre les comportements alimentaires et concevoir des actions adaptées aux publics.

Lama Basbous, doctorante impliquée dans le projet EcoNutriCare (Hospices Civils de Lyon), s’intéresse à la manière de traduire les connaissances scientifiques en pratiques concrètes dans le champ du soin. Son travail questionne l’idée selon laquelle les comportements alimentaires seraient uniquement guidés par des décisions rationnelles fondées sur l’information nutritionnelle. À partir d’observations et d’échanges menés auprès de patients, d’aidants et de soignants, le projet explore la place de l’alimentation dans les parcours de soins, notamment en cancérologie. Cette recherche repose sur une démarche de co-construction avec les acteurs concernés, afin de développer des outils et des formations permettant aux professionnels de santé d’intégrer davantage l’alimentation dans les pratiques de soin.

Madeleine Besancenot, doctorante à l’Université Le Havre Normandie, étudie quant à elle les pratiques alimentaires des adolescents à l’ère des réseaux sociaux. À partir de focus groups menés auprès de collégiens et lycéens, ses travaux analysent la manière dont les contenus culinaires diffusés sur des plateformes comme TikTok influencent leur rapport à l’alimentation. Les vidéos de recettes apparaissent comme un espace d’apprentissage et de transmission : elles stimulent l’envie de cuisiner, encouragent le partage avec les proches et participent à la construction du plaisir alimentaire. Ces travaux soulignent l’importance de concevoir des actions d’éducation à l’alimentation en intégrant les jeunes dans leur conception.

Éducation à l’alimentation : quels leviers pour accompagner les jeunes dans leurs pratiques alimentaires ?

Organisée en partenariat avec le Haut-Commissariat à l’Enfance, la seconde séquence de la matinée a été consacrée aux enjeux de l’éducation à l’alimentation, abordés à travers les apports des sciences de l’éducation et des retours d’expérience de terrain.

Maëlle Mallent, docteure en didactique des sciences à l’Université de Montpellier, a rappelé que l’alimentation constitue une « question socialement vive », au croisement d’enjeux scientifiques, environnementaux, économiques et sociaux. Les jeunes connaissent les liens entre alimentation, santé et environnement, mais leurs choix restent souvent guidés par le goût, les habitudes et les pratiques sociales. Dans ce contexte, l’éducation à l’alimentation doit éviter les approches culpabilisantes et privilégier des démarches pédagogiques favorisant la discussion, la réflexion et l’esprit critique.

Yannick Koperska, diététicien-nutritionniste et formateur, a présenté plusieurs dispositifs déployés en milieu scolaire. L’atelier « Booste ton petit déjeuner », destiné aux élèves du CP au CM2, propose une séance interactive. En partant des habitudes alimentaires individuelles des enfants et des aliments disponibles chez eux, le diététicien va les amener à optimiser leur petit déjeuner en faisant des choix plus favorables à leur santé. Le dispositif « Booste tes sens », destiné aux élèves de la maternelle au primaire, mobilise quant à lui les cinq sens afin de favoriser la découverte des aliments et la curiosité alimentaire. Ces approches reposent sur une pédagogie progressive et bienveillante, visant à accompagner les enfants dans leurs choix alimentaires tout en respectant leur environnement familial et culturel.

Conclusion : associer science, terrain et citoyens

En conclusion de cette matinée, Rémi Kahane, président du Conseil consommateurs d’Aprifel, a rappelé que l’amélioration des systèmes alimentaires suppose de croiser les approches scientifiques, les réalités de terrain et les attentes des citoyens.

Les échanges ont mis en évidence l’importance d’une recherche interdisciplinaire, nourrie par les partenariats et les observations de terrain, afin de mieux comprendre les comportements alimentaires et d’élaborer des solutions efficaces.

L’initiative EGEA illustre cette ambition : placer les consommateurs au cœur de la réflexion scientifique pour construire des systèmes alimentaires plus durables, plus justes et plus favorables à la santé.

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