Équation nutrition

N° 235 | février 2023
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Comportements alimentaires, mouvement et sommeil, quels liens ?

Etats-Unis : accroître la consommation de fruits et légumes pour améliorer la qualité du sommeil

fruits vegetables sleep - GFVN - February 2023

Aux Etats-Unis, un jeune adulte sur deux déclare rencontrer des difficultés d’endormissement et de sommeil. Parmi les facteurs susceptibles d’impacter la durée et la qualité du sommeil, l’alimentation joue un rôle prépondérant. Une étude récente a notamment cherché à déterminer si l’augmentation de la consommation de fruits et légumes entraînait des modifications des paramètres du sommeil. D’après ce travail, augmenter l’apport en fruits et légumes pourrait être une recommandation thérapeutique pertinente pour les personnes souffrant d’insomnie.

De nombreux travaux ont souligné l’importance d’une durée suffisante ainsi qu’une bonne qualité de sommeil pour la santé physique et mentale (Freeman, 2017 ; Milojevich, 2016). Pourtant, aux Etats-Unis, 67% des jeunes adultes souffrent d’un sommeil court et de mauvaise qualité (Levenson, 2016 ; Gradisar, 2013).

De nombreux facteurs liés au mode de vie et à la situation socio-économique contribuent à un mauvais sommeil, et plus particulièrement chez les jeunes adultes (Jansen, 2020a ; Jansen, 2020b). Une étude récente (Jansen et al, 2021) a notamment évalué l’influence de la consommation de fruits et légumes sur les symptômes d’insomnie, la durée et la qualité du sommeil chez de jeunes adultes américains (voir méthodologie).

Une consommation de fruits et légumes augmentée de 1.2 portions en moyenne

L’échantillon suivi dans ce travail comprenait 1 165 jeunes adultes (âge moyen 26 ans) – dont 71% de femmes. Lors de leur inclusion leur consommation de fruits et légumes était considérée comme de faible (inférieure à 3 portions/jour). En moyenne, leur durée de sommeil était de 7h24 en semaine et de 8h16 le week-end.

Au cours des 3 mois de suivi et d’accompagnement vis-à-vis de leur alimentation, les participants ont augmenté en moyenne leur consommation de fruits et légumes de 1,2 portions. Cependant, ce chiffre recouvre des disparités importantes puisque 23% des participants n’ont pas modifié leur apport et 8% ont réduit leur consommation de fruits et légumes.

Une amélioration des paramètres du sommeil constatée à partir de 3 portions supplémentaires de fruits et légumes

Pour la majorité des participants, les paramètres du sommeil sont restés relativement constants sur la période étudiée. Seules les personnes ayant augmenté leur consommation de fruits et légumes d’au moins 3 portions ont constaté de légères améliorations du temps d’endormissement et de l’insomnie. Cependant, aucune différence n’a été observée sur la durée du sommeil. Les jeunes adultes ayant initialement une activité physique plus élevée ont également constaté une réduction du temps d’endormissement.

Concernant l’insomnie, les symptômes sont restés identiques pour la majorité des participants (voir ci-dessous).

76.29 %

des participants n’ont pas constaté de changements dans leurs symptômes d’insomnie.

9.97 %

ont vu leurs symptômes s’aggraver.

13.75 %

ont constaté une amélioration.

L’association entre la consommation de fruits et légumes et la qualité du sommeil est plus marquée chez les femmes

Les analyses de répartition par sexe montrent que les associations entre l’augmentation de la consommation de fruits et légumes et la qualité du sommeil sont principalement observées chez les femmes.

Celles ayant augmenté leur consommation de 3 portions par jour après 3 mois étaient deux fois plus susceptibles de rapporter une amélioration des symptômes de l’insomnie et avaient 80% plus de chance de passer d’une qualité de sommeil médiocre à bonne/excellente. Ces dernières ont également indiqué une réduction du temps d’endormissement de 4 minutes ainsi qu’un score de qualité du sommeil 0,2 point plus élevé.

La différence entre les sexes constatée dans l’étude peut s’expliquer par la prévalence de l’insomnie nettement plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Par conséquent, les symptômes de l’insomnie peuvent être plus sensibles au changement chez les femmes.

Des mécanismes liés à la qualité du régime alimentaire, en particulier aux fruits et légumes

Selon les auteurs, plusieurs mécanismes pourraient être à l’origine de l’association entre la consommation de fruits et légumes et l’amélioration du sommeil.

Une première explication repose sur le fait que les fruits et légumes sont des constituants essentiels des régimes anti-inflammatoires. Reconnus pour leurs potentiels bénéfices sur l’amélioration du sommeil, ces régimes favorisent notamment la production de mélatonine et d’autres neurotransmetteurs impliqués dans l’apparition et le maintien du sommeil (Godos, 2019).

De plus, l’augmentation de la consommation de fruits et légumes est liée à la diminution de la consommation d’aliments transformés, de viande et/ou à la réduction du grignotage, associés à une moins bonne qualité de sommeil (Crispim, 2011 ; Lana, 2019).

Ainsi les auteurs indiquent que cette étude souligne l’intérêt d’une augmentation de l’apport en fruits et légumes comme une nouvelle recommandation thérapeutique pour les jeunes femmes souffrant d’insomnie.

Basé sur : Jansen EC, et al. Changes in fruit and vegetable consumption in relation to changes in sleep characteristics over a 3-month period among young adults. Sleep Health. 2021; 7:345-352.

Méthodologie
Messages clés
  • Au cours des 3 mois de suivi, les participants ont en moyenne augmenté leur consommation de fruits et légumes de 1,2 portions.
  • Les femmes ayant augmenté leur consommation de fruits et légumes d’au moins 3 portions ont constaté une amélioration des symptômes de l’insomnie, de la qualité du sommeil et du temps d’endormissement par rapport aux femmes qui n’ont pas ou peu modifié leur consommation. Ces associations n’étaient pas aussi marquées chez les hommes.
  • Ces résultats soulignent que l’augmentation de la consommation de fruits et légumes chez les jeunes femmes, faibles consommatrices de ces aliments, pourrait être une recommandation thérapeutique supplémentaire pour les personnes souffrant d’insomnie.
Références
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