N° 225 | mars 2022
Imprimer

Consommations alimentaires : quelles tendances dans le monde ?

Europe : l’évolution des habitudes alimentaires augmente les risques de maladies cardiovasculaires

Famille mangeant une alimentation saine à table - Equation Nutrition - Aprifel

Près de la moitié des maladies cardiovasculaires sont liées à des facteurs alimentaire. Un article récent de Riccardi et al. a examiné les consommations alimentaires de la population européenne et leur évolution ces dernières décennies. Ce travail pointe une dégradation des habitudes alimentaires en Europe depuis le début du 21e siècle. Les auteurs appellent ainsi à la mise en place de politiques destinées, à la fois, à améliorer les comportements et la prévention, mais également à accroitre la disponibilité et l’accessibilité d’aliments sains.

Infarctus, hypertension artérielle, AVC, … les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde et en Europe (voir encadré). La très grande majorité d’entre elles pourraient être prévenues car elles sont dues à des facteurs liés au mode de vie – tabagisme, consommation d’alcool, alimentation, sédentarité etc.

L’alimentation : facteur de risque majeur vis à vis des maladies cardiovasculaires

Les comportements alimentaires sont les facteurs de risque les plus importants pesant sur la santé et le bien-être. Ils sont responsables de près de la moitié de tous les décès dus aux maladies cardiovasculaires (Meier 2019).

Améliorer les habitudes alimentaires représente ainsi un levier de prévention majeur vis-à-vis des maladies cardiovasculaires.

Les recherches sur les liens entre alimentation et santé cardiovasculaire montrent que les principaux facteurs de risque cardiovasculaire d’origine alimentaire sont :

  • des apports excessifs en énergie, graisses saturées, acides gras trans, sucres libres et sel
  • une consommation insuffisante de légumes, fruits, de noix et de céréales complètes

Parmi ces facteurs, ceux ayant l‘effet le plus fort sur le risque de maladie cardiovasculaire sont : une faible consommation de céréales complètes, de noix et de graines, de fruits et une consommation excessive de sel (cf. tableau 1).

Tableau 1 : Facteurs alimentaires ayant l’influence la plus forte sur les risques de maladie cardiovasculaire en Europe en 2016 (Meier 2019)

Le travail de Riccardi et al s’est ainsi attaché à décrire, à la fois, l’évolution de la mortalité cardiovasculaire en Europe et les changements de comportements alimentaires.

Une mortalité cardiovasculaire en baisse grâce aux progrès des traitements et de la prévention

Comparée au début du 21e siècle, la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires en Europe a reculé, tout en restant la première cause de décès. Les taux les plus élevés sont observés dans les régions d’Europe centrale et orientale.

Les progrès constatés sont en partie dus à des améliorations en matière de prévention et de traitement, mais également grâce à l’amélioration de certains facteurs de risque : consommation d’alcool, tabagisme, hypercholestérolémie, etc.

En revanche, d’autres facteurs de risque, en particulier le surpoids/obésité et le diabète, ont respectivement augmenté de plus de 50 % et 25 % au cours des dix dernières années. (Wilkins et al, 2017).

Les habitudes alimentaires des européens se dégradent depuis le début des années 2000

Le second volet de ce travail s’est concentré sur l’analyse de la disponibilité des aliments destinés à la consommation humaine en Europe (28 pays) depuis le début du 21e siècle. Pour chaque groupe d’aliment, la consommation moyenne a été calculée pour des périodes de 3 ans (voir figure 1).

Figure 1: Evolutions de la disponibilité des aliments en Europe sur la période 2000-2017
(extrait de Riccardi et al)


Suite à une amélioration des habitudes alimentaires des Européens sur la fin du 20e siècle, l’évolution constatée ces 10 dernières années n‘est pas rassurante. En effet, seules des évolutions mineures sont observées. Pour certains groupes d’aliments, une dégradation des habitudes est même constatée :

  • Fruits et légumes : Ces soixante dernières années, la consommation de fruits a augmenté en Europe de manière notable, de même que celle de légumes, sans toutefois atteindre les 400g et plus recommandés. Cependant, une tendance à la diminution est observée ces 10 dernières années.
  • Céréales complètes : La consommation de ces aliments reste globalement faible, hormis dans les pays Nordiques. Malgré une tendance à l’augmentation dans de nombreux pays européens, les niveaux de consommation restent très en deçà de l’objectif fixé par les instances de santé publique qui est de 50% des céréales consommées.
  • Energie et lipides : Une augmentation de ces deux facteurs est engagée depuis la seconde moitié du 20e siècle. Une légère tendance à la baisse est observée ces 10 dernières années.
  • Sel et sucres libres : La consommation de ces aliments dépasse toujours les niveaux recommandés par l’OMS (5 g sel/jour et un apport en énergie provenant des sucres libres limité à 5 à 10 % de l’apport énergétique total). La consommation d’aliments transformés et ultra transformés (biscuits, céréales de petit déjeuner, sodas et boissons sucrées…) est responsable d’apports importants en sucres libres.

Mettre en place des politiques trans-sectorielles pour améliorer la prévention

Ces données montrent clairement que les habitudes alimentaires des européens s’éloignent des modèles alimentaires sains.. Les pays méditerranéens sont particulièrement concernés et voient leur alimentation « s’occidentaliser”.

Cette évolution témoigne à la fois d’un mouvement global de mondialisation de la production et de la distribution alimentaire, mais également d’une augmentation du coût de nombreux aliments typiques du régime méditerranéen. Cela facilite le passage à une alimentation à bas coût, basée sur des aliments à forte densité énergétique et faible qualité nutritionnelle.

Face à ce constat, les auteurs appellent à la mise en place de politiques destinées, à la fois, à améliorer les habitudes alimentaires mais également à accroitre la disponibilité et l’accessibilité d’aliments sains (faible densité énergétique, forte densité nutritionnelle) .

Ces conclusions vont dans le même sens que celles formulées en 2003 par le groupe d’experts réuni par l’OMS et la FAO sur l’alimentation, la nutrition et la prévention des maladies chroniques (WHO/FAO, 2003).

Chiffres clés : les maladies cardiovasculaires

En Europe, les maladies cardiovasculaires (Wilkins et al, 2017) :

1ère

cause de mortalité

45%

des décès

4 millions

de morts en 2017

Les facteurs liés à l’alimentation sont en cause dans (GBD 2017, Meier 2019) :

52%

des décès par maladie cardiovasculaire

9,1 millions

de décès survenus dans le monde en 2016

2,1 millions

de décès survenus en Europe en 2019

Messages clés
  • Une alimentation saine, riche en fruits et légumes, céréales complètes, oléagineux et pauvre en sel et sucres ajoutés/ libres est un levier clé pour la prévention des maladies cardiovasculaires.
  • Des politiques visant l’accroissement des consommations de fruits et légumes et céréales complètes sont nécessaires pour prévenir les maladies cardio-vasculaires
  • Il est urgent de mettre en place une stratégie appropriée permettant d’améliorer les connaissances des professionnels de santé en matière de nutrition, notamment ceux intervenant en prévention primaire.
  • Les politiques mises en place devraient inclure des initiatives destinées à accroitre la production, le marketing, la disponibilité et l’accessibilité tarifaire à des aliments sains dans chaque pays européen.

Basé sur : Riccardi G, Vitale M, Vaccaro O. Are Europeans moving towards dietary habits more suitable for reducing cardiovascular disease risk? Nutr Metab Cardiovasc Dis. 2020 Oct 30;30(11):1857-1860. doi: 10.1016/j.numecd.2020.07.018. Epub 2020 Jul 23. PMID: 32912794.

Références
Retour Voir l'article suivant