Équation nutrition

N° 233 | décembre 2022
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L'approche "One Health" - un concept fondamental face aux enjeux actuels de santé

« One Health », une approche efficace pour promouvoir la santé des abeilles domestiques

Depuis les années 2000, des preuves solides indiquent un déclin rapide des populations de pollinisateurs et plus particulièrement des abeilles domestiques. A l’intersection de très nombreux facteurs internes et externes à la ruche, la santé des abeilles est un parfait exemple de la nécessité d’un engagement interdisciplinaire. Une étude récente a exploré le potentiel de l’approche “One Health” pour faire face au déclin actuel des abeilles domestiques. Elle souligne la nécessité d’aborder la question de la santé des abeilles de manière transverse en associant l’ensemble des acteurs.

Les pollinisateurs sont des éléments clés de la biodiversité planétaire, fournissant des services vitaux aux cultures et aux plantes sauvages. Les abeilles domestiques sont, en outre, étroitement liées au bien-être humain, à travers la pollinisation des plantes sauvages et agricoles, ainsi que la production de miel (Hanley, 2015). Avec un déclin rapide des populations de pollinisateurs et plus particulièrement des abeilles domestiques (Potts, 2010 ; Sánchez-Bayo, 2019), la survie de ces insectes apparait menacée dans le monde entier entraînant en parallèle un déclin des plantes qui en dépendent. De nombreux facteurs internes à la ruche mais également propres au paysage et à la société humaine influent sur la santé des abeilles.

Alors que la plupart des études sur le sujet s’intéressent aux facteurs externes – pesticides, utilisation des terres, parasites – ainsi qu’aux facteurs internes – propres à la physiologie des abeilles – responsables de ce déclin, une étude récente (Donkersley et coll, 2020) a analysé les facteurs influençant la santé des abeilles à différentes échelles (ruche, homme, paysage). Ce travail suggère notamment que ces facteurs peuvent, indépendamment ou en se combinant, modifier l’équilibre de la santé des abeilles.

Les nombreuses interactions des abeilles avec leur environnement compliquent la gestion des nuisibles

Du fait de leur statut semi-domestique notamment, les abeilles posent aux apiculteurs divers problèmes de gestion. Les ruches forment, en effet, un environnement très complexe et regorgent d’une grande diversité d’invertébrés, de champignons, de virus et de bactéries qui co-existent au sein et sur les abeilles.

En raison de leur dépendance à l’environnement extérieur pour une grande partie de leur vie – les abeilles domestiques interagissent également avec de nombreux individus issus d’autres colonies mais également avec l’homme. Ainsi, elles sont susceptibles de transmettre des maladies et/ou des parasites lorsqu’elles entrent dans d’autres ruches ou qu’elles rejoignent la leur après avoir pollinisé des plantes visitées par des abeilles infectées (Traver, 2011 ; Anderson, 2013 ; Frey, 2014).

Enfin, situation inhabituelle dans un contexte vétérinaire, l’unité de gestion et de traitement dans le cas des abeilles domestiques est la colonie, et non l’animal individuel – les colonies étant composées de 10 000 à 40 000 individus, selon la période de l’année. Maintenir la santé des abeilles implique donc un processus constant de négociation entre les actions qui pourraient être bénéfiques à une colonie et celles qui pourraient la mettre en danger. Plutôt que de traiter toutes les pathogènes et parasites présents dans une ruche, il peut être plus utile de travailler dans un cadre conceptuel de « points de basculement », où l’attention est concentrée uniquement sur les niveaux d’une maladie ou d’un parasite qui représentent une menace suffisante. Ainsi, la gestion des nuisibles – comme Varroa destructor– nécessite une approche “One Health” holistique pour que les apiculteurs soient des observateurs avertis de leurs colonies (Adams, 2018).

Intensification agricole et variabilité de la nutrition des abeilles, des facteurs environnementaux qui affectent leur santé

A l’échelle du paysage, deux principaux facteurs affectent la santé des abeilles : la nutrition et l’intensification agricole.

La nutrition correspond à la quantité, la richesse et la diversité du pollen que les abeilles butinent, et qui sont directement liées à l’hétérogénéité et la composition du paysage. Les environnements urbains et forestiers sont notamment considérés comme bénéfiques à la nutrition des abeilles domestiques (Donkersley, 2017). De plus, les insectes sont capables d’adapter leur alimentation en fonction de leur état de santé, lorsqu’ils ont le choix de leur régime alimentaire (Lee, 2006).

L’intensification agricole concerne principalement les effets de l’utilisation des pesticides sur la santé des abeilles. Historiquement, les apiculteurs ont fourni de nombreuses preuves sur les risques de ces produits pour les abeilles (Maderson, 2016 ; Reed, 2015). Néanmoins, dans la pratique, l’évaluation des risques et l’application de produits agrochimiques sont effectuées par les scientifiques et les agriculteurs. Ces acteurs sont susceptibles d’évaluer différemment la santé des abeilles et de ne pas avoir les mêmes priorités dans la gestion des terres (Suryanarayanan, 2013 ; Sponsler, 2019), ce qui montre la nécessité d’une approche “One Health”.

Une plus grande considération des connaissances des apiculteurs et une meilleure interaction des parties prenantes sont nécessaires

Comme évoqué plus haut, la santé des abeilles est principalement influencée par des facteurs internes à la ruche mais également par des facteurs environnementaux. De plus, le rôle des apiculteurs, ainsi que des acteurs agricoles, scientifiques et politiques dans la lutte contre le déclin des abeilles est essentiel.

Les apiculteurs ont notamment pour missions de contrôler et de garantir la santé de la ruche et font le lien entre les facteurs internes à la ruche et ceux à l’échelle du paysage. Forts de leur expérience sur le terrain, les connaissances empiriques et observationnelles des apiculteurs sont pourtant considérées comme anecdotiques. En effet, les décideurs politiques s’appuient principalement sur la compréhension scientifique pour faire face au déclin des pollinisateurs.

Par conséquent, une approche “One Health” de la santé des abeilles semble nécessaire pour garantir un engagement constructif de toutes les parties prenantes ayant des compréhensions hétérogènes sur le sujet. En se basant sur cette approche, les défis partagés pour la santé humaine, celles des abeilles et de l’environnement pourraient être abordés (Willett, 2019).

“One Health”, une approche unique pour relever les défis de la santé des abeilles domestiques

Comme le souligne les auteurs en conclusion de ce travail, la santé des abeilles domestiques ne peut être séparée de la santé de l’environnement qui les entoure (Donkersley, 2017). En effet, les abeilles sont capables de rendre vulnérable tout un système agricole et alimentaire, tributaires de leurs activités de pollinisation et de production de miel. Bien souvent, les abeilles domestiques sont responsables du déclin de leurs homologues sauvages (Vanbergen, 2013).

Ainsi, les abeilles domestiques vivent dans un système socio-écologique complexe, influencé par des méthodes variées de gestion humaine, de la ruche à l’échelle du paysage. Une approche multidisciplinaire “One Health” de la santé des abeilles est donc nécessaire pour rapprocher efficacement les différents secteurs et échelles (voir figure-ci-dessous).

Figure 1 : Facteurs influençant la santé des abeilles domestiques (d’après Donkersley et al, 2020)

Basé sur : Donkersley P, et al. A One-Health Model for Reversing Honeybee (Apis mellifera L.) Decline. Vet. Sci. 2020, 7, 119.

Messages clés
  • La santé des abeilles est influencée par divers facteurs à l’échelle de la ruche, des interactions avec l’homme et avec le paysage.
  • Une approche « One Heath” de la santé des abeilles souligne la nécessité d’intégrer les différentes échelles de facteurs.
  • La santé des abeilles ne peut être séparée de la santé de l’environnement qui les entoure puisqu’un simple problème de santé des abeilles peut rendre vulnérable tout un système agricole et alimentaire – tributaire de leurs activités de pollinisation et de production de miel – et ainsi menacer la sécurité alimentaire.
Méthodologie
Références
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