Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin : le rôle de l'alimentation dans la prévention et la progression

Édito

Salade de pois chiches, tomates, concombres, oignons et feta, alimentation saine et durable - Aprifel

Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin sont un ensemble de troubles gastro-intestinaux caractérisés par une dysbiose et une inflammation de la muqueuse intestinale. Comprenant principalement la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, ces pathologies évoluent par poussées inflammatoires dont la fréquence et la durée varient considérablement d’un patient à l’autre, entrecoupées de phases de rémission (Inserm, 2020). Les personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin souffrent souvent de symptômes gastro-intestinaux invalidants – diarrhée, douleurs abdominales, saignements rectaux, urgence fécale – altérant profondément leur qualité de vie (Barreiro-de Acosta et al., 2023 ; Seyedian et al., 2019). La physiopathologie des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin est multifactorielle et résulte d’une interaction complexe entre prédispositions génétiques, infections, habitudes de vie et alimentation (Trakman et al., 2022). Par ailleurs, ces maladies représentent un fardeau économique considérable pour les systèmes de santé.

En 2019, on estimait à environ 4,9 millions le nombre de cas de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin dans le monde.
Wang et al., 2023

Longtemps considérées comme des maladies principalement occidentales, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin touchaient plus de 3 millions de personnes en Europe et aux États-Unis. Toutefois, leur incidence a fortement augmenté ces dernières années dans plusieurs régions du monde, notamment en Amérique du Sud, en Europe de l’Est, en Afrique et en Asie.

Ce mois-ci, l’édition d’Equation Nutrition met en lumière les résultats de recherches récentes sur le rôle de l’alimentation dans la prévention, l’apparition et l’évolution des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.

Le premier article (Karaivazoglou et al., 2024) examine l’influence du régime alimentaire maternel et infantile sur l’inflammation intestinale. Il suggère notamment que la qualité de l’alimentation pendant la grossesse et la petite enfance pourrait jouer un rôle clé dans le développement des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, en aggravant ou, au contraire, en protégeant contre ces maladies. En particulier, une alimentation riche en légumes, en poisson et en aliments enrichis en vitamine D au cours de cette période a été associée à une diminution significative du risque de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.

Le deuxième article (Deng et al., 2023) analyse l’effet de la consommation de fibres alimentaires sur le développement des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin à partir des données de 470 669 participants de la UK Biobank. L’étude conclut qu’un apport plus élevé en fibres est associé à un risque réduit de développer une maladie de Crohn et, plus généralement, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. En revanche, ce travail n’a pas montré de lien significatif avec la rectocolite hémorragique.

Les régimes d’exclusion étant courants chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, le troisième article (Sauer et al., 2024) identifie les aliments les plus fréquemment évités et évalue leur impact sur l’activité de la maladie. Il ressort que les agrumes et les légumes crus figurent parmi les aliments les plus exclus, alors qu’une consommation régulière de fruits et légumes est corrélée à une moindre prévalence des phases actives de la maladie. Les auteurs insistent ainsi sur l’importance d’encourager une alimentation variée et moins restrictive.

Ces travaux convergent vers l’idée que la qualité de l’alimentation joue un rôle dans l’apparition des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, dès les premiers jours de la vie. Une alimentation riche en fibres, fruits et légumes semble être bénéfique, tant pour la prévention de ces maladies que pour l’amélioration de l’état des patients. Il est toutefois essentiel que les patients consultent leur médecin afin d’adapter leur alimentation en complément de leur traitement. Sensibiliser la population à l’importance d’une alimentation équilibrée pourrait ainsi constituer une stratégie efficace et peu coûteuse pour atténuer l’impact croissant des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin sur la santé publique.

Nathalie Vergnolle, pharmacologue intestinale dans son laboratoire
Nathalie Vergnolle Pharmacologue gastro-intestinale
Inserm, Toulouse
A propos de l’auteur

Nathalie Vergnolle est pharmacologue gastro-intestinale, spécialisée dans l’inflammation et la douleur. Formée en France, elle a passé la moitié de sa carrière de chercheur (10 ans) au Canada, à l’Université de Calgary, avant de revenir en France pour occuper un poste à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). Elle y a fondé l’Institut de recherche en santé digestive de Toulouse, dont elle est l’actuelle directrice. Ses travaux de recherche ont conduit l’industrie pharmaceutique à lancer des programmes de développement de nouveaux médicaments pour traiter l’inflammation et la douleur du côlon, qui sont en cours de développement et, pour certains d’entre eux, en phase clinique.

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