Fibres alimentaires : un apport élevé, en particulier provenant des fruits et des céréales, diminue le risque de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin

Le développement des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin résulte de l’interaction complexe entre divers facteurs. Si certains, comme la prédisposition génétique, sont non modifiables, d’autres, notamment liés au mode de vie et à l’alimentation, offrent des leviers d’intervention. Parmi eux, la consommation de fibres alimentaires suscite un intérêt croissant. Récemment, une étude s’appuyant sur la cohorte prospective de grande taille « UK Biobank » a mis en évidence une association significative entre une consommation élevée de fibres — en particulier celles issues des fruits et des céréales — et une diminution du risque de maladies inflammatoires de l’intestin. Ces résultats confirment ceux d’études antérieures et ouvrent des perspectives pour affiner les recommandations nutritionnelles et améliorer la prévention de ces maladies.
Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comprenant la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, sont des pathologies caractérisées par une inflammation persistante du tube digestif. Si leur origine reste multifactorielle — impliquant des facteurs génétiques, environnementaux, immunologiques — l’alimentation suscite un intérêt croissant en tant que levier de prévention (Khalili et al., 2018).
Parmi les composantes alimentaires étudiées, les fibres occupent une place centrale en raison de leurs effets bénéfiques sur la santé intestinale (Gill et al., 2020). Plusieurs études ont notamment suggéré que la consommation de fibres, en particulier celles provenant des fruits, est associée à une diminution du risque de développer des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Ananthakrishnan et al., 2013 ; Andersen et al., 2018). Toutefois, les preuves épidémiologiques concernant cette association restent limitées.
Dans ce contexte, une étude prospective (Deng et al., 2023) a été menée pour évaluer cette relation et fournir des données probantes sur le rôle potentiel des fibres alimentaires dans la prévention des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
Une consommation importante de fibres réduit le risque de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, en particulier la maladie de Crohn
L’étude a suivi une cohorte de 407 669 participants sur une période d’environ 12 ans, collectant des données sur leur alimentation, notamment leur apport en fibres alimentaires. Au cours du suivi, 543 cas de maladie de Crohn et 939 de rectocolite hémorragique ont été recensés.
Les résultats ont montré que les participants ayant la consommation la plus élevée en fibres alimentaires – 23g/jour – présentaient un risque réduit de 26% de développer une maladie inflammatoire chronique de l’intestin par rapport à ceux en consommant le moins – 6,8g/jour. Cette association était particulièrement significative pour la maladie de Crohn, avec une réduction du risque de 52%. Aucune association n’a été observée pour la rectocolite hémorragique.
Ces résultats sont corroborés par plusieurs autres travaux de recherche dont une méta-analyse de 8 études observationnelles qui a rapporté qu’un apport élevé en fibres alimentaires était associé à une réduction significative du risque de maladie de Crohn (Liu et al., 2015).
Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin: des effets protecteurs spécifiques selon les types de fibres alimentaires
Pour aller plus loin, les chercheurs ont examiné l’association entre les sources spécifiques de fibres et le risque de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Il a notamment été montré que les fibres provenant des fruits et du pain étaient associées à une diminution du risque de maladie de Crohn, tandis que les fibres issues des céréales étaient liées à une réduction du risque de rectocolite hémorragique. En revanche, aucune association n’a été rapportée pour les légumes. Ces résultats viennent confirmer ceux d’études antérieures portant sur les importantes cohortes NHS et EPIC (Ananthakrishnan et al., 2013 ; Andersen et al., 2018).
L’effet protecteur des fibres contre les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin peut s’expliquer par différents mécanismes (voir détails ci-dessous):
- Renforcement de la barrière épithéliale
- Production de métabolites anti-inflammatoires
- Régulation de la glycémie
- Accélération du transit intestinal
| Type de fibres | Mécanismes d’action | Sources alimentaires |
| Fibres solubles fermentescibles |
Renforcement de la barrière épithéliale Amélioration de l’intégrité en favorisant la production d’acides gras à chaîne courte (Baggio et al., 2022) |
Fruits (ex : pommes, poires, agrumes) |
| Fibres solubles fermentescibles non visqueuses |
Production de métabolites anti-inflammatoires Fermentation des fibres dans le côlon conduisant à la production d’acides gras à chaîne courte aux propriétés anti-inflammatoires (Gill et al., 2021) |
Fruits (ex : bananes, pommes, légumineuses) |
| Fibres solubles fermentescibles visqueuses |
Régulation de la glycémie Formation d’un gel dans l’intestin ralentissant la digestion et régulant la libération des nutriments (McKeow et al., 2022 ; Eastwood, 1992) |
Fruits (ex : pommes, agrumes) Légumes (ex : carottes, haricots verts) |
| Fibres solubles non visqueuses ni fermentescibles |
Accélération du transit intestinal Augmentation de la fréquence des selles limitant l’exposition aux substances potentiellement toxiques |
Céréales complètes Légumes (ex : carottes, brocolis) |
Tableau 1 : Mécanismes d’action des fibres alimentaires (d’après Deng et al., 2023)
Enfin, l’étude suggère que les légumes crucifères, bien que non analysés spécifiquement, pourraient également jouer un rôle protecteur. Il serait notamment intéressant d’explorer leur potentiel plus en détail dans de futures recherches.
Promouvoir une alimentation riche en fibres pour réduire l’incidence des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin
Les conclusions de cette étude ont des implications importantes pour les stratégies de prévention des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Elles suggèrent notamment que la promotion d’une alimentation riche en fibres, en particulier celles provenant des fruits et des céréales, pourrait être une approche efficace pour réduire l’incidence de ces maladies.
Toutefois, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces observations et déterminer les quantités optimales et les types de fibres les plus bénéfiques pour la prévention des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
Basé sur : Deng M., et al. Higher dietary fibre intake is associated with lower risk of inflammatory bowel disease: prospective cohort study. Alimentary Pharmacology and Therapeutics, 2023, 58(5), 516-525.
- Il existe une association inverse entre la consommation de fibres alimentaires et le risque de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
- Les fibres provenant des fruits sont associées à une réduction significative du risque de développer la maladie de Crohn, avec un effet protecteur particulièrement marqué pour les fibres solubles et fermentescibles.
- Des études supplémentaires sont nécessaires pour explorer l’impact des fibres des crucifères sur les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.