Fruits et légumes : des alliés méconnus pour la gestion des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin

Alors que de nombreux patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin adoptent des régimes d’exclusion pour limiter les poussées inflammatoires, il existe peu de données scientifiques validant ces pratiques. Récemment, une étude a exploré les liens entre exclusions alimentaires et activité de la maladie. Ce travail révèle que certaines évictions pourraient, au contraire, aggraver les symptômes et entraîner des déficiences nutritionnelles. Cette étude souligne l’impact du manque de conseils nutritionnels sur les comportements des patients, et met en évidence les bénéfices d’une alimentation diversifiée, notamment riche en fruits, légumes et fibres.
Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin évoluent par poussées inflammatoires aiguës, entrecoupées de périodes de rémission. Ces épisodes, souvent imprévisibles et invalidants, altèrent significativement la qualité de vie des patients.
Pour tenter d’atténuer leurs symptômes, un grand nombre d’entre eux adoptent des régimes d’exclusion (Palamenghi et al., 2022, Marsh et al. 2019). Ce comportement, généralement autodirigé et non encadré médicalement, peut conduire à la suppression d’éléments fondamentaux d’une alimentation équilibrée, tels que les fruits et légumes. Pour autant, les preuves scientifiques justifiant ces restrictions restent limitées.
Face à ces pratiques largement répandues, l’étude de Sauer et al., 2024 a exploré les liens entre les aliments fréquemment exclus par les patients et l’activité des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
MICI : des régimes d’exclusion largement influencés par des perceptions non fondées
Cette étude transversale a recueilli les données cliniques et alimentaires de 145 patients atteints de maladies inflammatoires chronique de l’intestin. Les analyses révèlent que près de 70% des patients interrogés suivent un régime d’exclusion, 63% d’entre eux convaincus que certains aliments déclenchent ou aggravent les symptômes. Parmi les aliments les plus fréquemment évités figurent les produits laitiers (39%), les aliments gras (33%), les légumineuses (24%) ainsi que les agrumes (16,8%) et les légumes crus (18%).
Ces régimes ne sont pas prescrits par des professionnels de santé, mais adoptés de manière autonome par les patients (Limdi et al., 2016 ; De Vries et al., 2019). L’évitement alimentaire peut répondre à un besoin de contrôle dans une situation perçue comme imprévisible. Toutefois, cette auto-prescription peut être fondée sur des croyances erronées sur le rôle de certains aliments dans les poussées inflammatoires.
Fait notable, 35% des patients considèrent, au contraire, que certains aliments sont protecteurs contre les symptômes et les rechutes, en particulier les fruits (29 %), les légumes cuits (23 %), les crucifères (23 %) ou encore les légumes crus (21 %), ce qui illustre bien les paradoxes dans les perceptions. Cette diversité d’avis montre à quel point le lien entre alimentation et inflammation est perçu de manière subjective et fluctuante.
MICI : la consommation régulière de fruits et légumes associée à une moindre activité de la maladie
Les auteurs ont ensuite cherché à savoir s’il existait des associations entre l’exclusion ou la consommation de certains aliments et l’activité de la maladie. Contrairement aux croyances répandues chez les patients, les résultats ne montrent pas d’association négative liée à la consommation de fruits et légumes mais, au contraire, un effet bénéfique.
Une consommation régulière de fruits et légumes est, ainsi, associée à une réduction de 44 % de la prévalence des phases actives, en comparaison avec les patients qui en consomment rarement. Plus précisément, les patients excluant les légumes crus rapportent plus de douleurs abdominales, et ceux excluant les agrumes sont plus sujets aux diarrhées et affichent une proportion plus élevée de formes actives de la maladie.
Cette association inverse entre la consommation de fruits et légumes et l’activité de la maladie suggère ainsi un rôle protecteur potentiel de ces aliments. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une étude interventionnelle, ces données viennent appuyer des hypothèses déjà évoquées dans la littérature sur les propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes des fruits et légumes (Li et al., 2022 ; Vezza et al., 2016). De plus, leur richesse en fibres leur confère un rôle bénéfique sur l’équilibre du microbiote intestinal. L’étude rappelle d’ailleurs que les interventions chirurgicales sont plus fréquentes chez les patients évitant les aliments riches en fibres. Enfin, la consommation de crucifères semble particulièrement bénéfique, leurs métabolites participant à l’homéostasie intestinale (Ananthakrishnan et al., 2013).
MICI : un accompagnement nutritionnel encore insuffisant malgré son importance avérée
L’étude met en évidence un manque significatif d’accompagnement nutritionnel chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, alors même que l’alimentation constitue un levier essentiel dans la gestion de ces maladies.
Pour une majorité d’entre eux, aucun suivi régulier n’est assuré.
Ce déficit d’encadrement favorise la mise en place de régimes d’exclusion autodirigés et potentiellement délétères. Des études antérieures ont notamment montré que les patients excluant les légumes et les produits laitiers présentent des apports réduits en vitamines C, E et K ainsi qu’en calcium (Sousa Guerreiro et al., 2007). De telles déficiences peuvent fragiliser davantage l’organisme et accroître la vulnérabilité face aux complications de la maladie.
Au-delà des aspects biologiques, c’est également le quotidien des patients qui est profondément affecté. Si la majorité partage les repas familiaux,
La fourniture de conseils adaptés permettrait d’aider les patients à adopter une alimentation diversifiée sans appréhension, et ainsi atténuer l’impact de la maladie sur leur vie sociale et émotionnelle. C’est dans cette optique que des instances européennes, telles que l’ESPEN, recommandent désormais que chaque patient bénéficie d’un accompagnement nutritionnel individualisé pour mieux comprendre, anticiper et vivre avec sa pathologie.
Basé sur : Sauer P, Luft VC, Dall’Alba V. Patients with Inflammatory Bowel Disease who regularly consume fruits and vegetables present lower prevalence of disease activation: A cross-sectional study. Clin Nutr ESPEN. 2024 Jun;61:420-426.
- La grande majorité des patients souffrant de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin adopte des régimes restrictifs autodéterminés, souvent basés sur des croyances erronées.
- La consommation régulière de fruits et légumes, notamment de légumes crus et d’agrumes, est associée à une moindre prévalence de la phase active de la maladie.
- Le manque de conseils nutritionnels adaptés expose à des déficiences et à une altération de la qualité de vie.