N° 224 | février 2022
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Activité physique et alimentation saine : un duo gagnant

Alimentation et activité physique : des comportements préoccupants chez une majorité d’étudiants de l’université de Paranà (Brésil)

Adolescentes mangeant du fast-food

En termes de santé physique et mentale, l’activité physique et les habitudes alimentaires sont deux déterminants clés. Afin de disposer d’un état des lieux en la matière et de mettre en place des actions de prévention ciblées auprès de ses étudiants, l’Université de Paranà a réalisé une enquête incluant plus de 5000 étudiants. Ses résultats – publiés à l’été 2021 dans le journal Nutricion Hosptilaria – montrent que seule une minorité d’étudiants (13%) mange suffisamment de fruits et légumes et que près de la moitié à un niveau d’activité faible ou nul.

Certains comportements – habitudes alimentaires malsaines, sédentarité … – sont des facteurs de risque majeurs de surpoids, d’obésité et plus largement de maladies chroniques (OMS, 2018). Créer des environnements facilitants et encourager les populations à adopter des comportements favorables à la santé tout au long de la vie sont ainsi des objectifs essentiels en termes de santé publique (voir encadré).

Le début de la vie d’adulte et le départ du domicile parental sont connus comme des moments charnières où les habitudes alimentaires et le mode de vie peuvent être fragilisés (Winpenny, 2018). Les études supérieures sont en effet associées à de nombreux défis : prise d’indépendance, départ du domicile parental, nouveaux liens amicaux à créer, stress scolaire … (Hicks, 2008).

Plus de la moitié des étudiants n’ont pas un poids sain

Le premier objectif de l’étude mise en place par l’Université de Paranà (Brésil) était, ainsi, de mieux connaitre les habitudes de ses étudiants en termes de consommation de fruits et légumes et d’exercice physique. Dans ce but, une étude a été réalisée en ligne auprès d’un échantillon de 5 310 étudiants, représentatif de la population globale de l’université en termes d’âge, de sexe, de campus fréquenté, de cursus et d’années d’étude.

39% des étudiants sont en surpoids ou obèses, une situation qui affecte davantage les hommes (47,6%) que les femmes (25,2). Au contraire, 15% des étudiants ont un poids insuffisant. Ce problème concerne principalement les femmes (26,5%) et dans une moindre mesure les hommes (8,1%).

Statut pondéral de la population

En termes d’habitudes « santé », ce travail montre également des marges de progrès importantes. En effet, seuls 13% des étudiants consomment 5 portions de fruits et légumes par jour. D’autre part, 19,5% des étudiants indiquent ne pas pratiquer d’exercice cardio vasculaire et 48,4% ne pratiquent pas d’exercice de force.

Consommation de fruits et légumes

Fréquence de pratique d'exercices cardio

* Voir méthodologie

Des comportements différents selon l’âge, le sexe, le poids et le statut marital

Ces résultats ont ensuite été analysés selon différentes dimensions sociologiques (âge, sexe, statut conjugal, type de logement …). Il s’agissait d’identifier des types de pratiques différentes.
La consommation de fruits et légumes est plus élevée chez les femmes que chez les hommes, un fait traditionnellement observé dans la littérature. Elle augmente avec l’âge des étudiants et l’année d’étude, mais également lorsque les étudiants sont en couple. Les étudiants habitant chez leurs parents consomment également davantage de fruits et légumes, alors que les fréquences de consommation sont similaires pour tous les autres types d’hébergements. Enfin, les étudiants en surpoids et obèses sont ceux chez lesquels les consommations de fruits et légumes sont les plus faibles.

Concernant l’exercice physique, la fréquence de pratique est plus élevée chez les hommes que chez les femmes que ce soit pour les exercices de force ou cardiovasculaire.
La fréquence de pratique diminue avec l’âge – seuls 5,7% des étudiants ne déclarent aucune activité cardio chez les plus jeunes alors que c’est le cas de 36,5% des plus de 26 ans. Les étudiants célibataires et ceux habitant chez leurs parents sont également plus actifs. Enfin, les étudiants en surpoids ou obèses sont les plus nombreux à indiquer être pas ou peu actifs.

Niveau d'activité selon le statut pondéral

Un risque de surpoids 2 à 3 fois plus élevé en l’absence de consommation de fruits et légumes

Enfin, l’analyse de ces données a permis de comparer les risques de surpoids et d’obésité selon les pratiques alimentaires et d’activité physique des étudiants.
Pour chaque facteur, le risque de surpoids (obésité inclue) a été comparé au niveau de risque de référence, correspondant au niveau le plus élevé de consommation de fruits et légume et de fréquence d’exercice.

Pour les trois facteurs étudiés, le risque de surpoids est d’autant plus élevé que le niveau de consommation ou de d’exercice est faible. L’excès de risque le plus marqué est lié à l’absence de consommation de fruits et légumes. Les étudiants indiquant ne pas consommer quotidiennement des fruits et légumes ont un risque deux à trois fois plus élevé d’être en surpoids ou obèses.

Concernant l’activité physique, c’est avec l’exercice cardiovasculaire que la différence est la plus nette. Le risque de surpoids et d’obésité est ainsi 1,5 à 2 fois plus élevé chez les étudiants ne pratiquant aucun exercice cardiovasculaire.

Des résultats destinés à concevoir des actions de prévention

Ces travaux ont permis de documenter les pratiques alimentaires et d’activité physique des étudiants au Brésil dans une université de grande taille (30 000 étudiants), accueillant des étudiants de cultures et de régions différentes. Les données recueillies font état d’une situation préoccupante que ce soit en termes d’état de santé ou de comportements avec une part importante d’étudiants ne consommant pas assez de fruits et légumes pas ou peu actifs. En conclusion de ce travail, les auteurs indiquent la nécessité de conforter ces résultats par des études longitudinales, actuellement en cours. Ce travail permettra également de guider la conception d’actions de prévention ciblées selon les profils d’étudiants.

Agir sur la mauvaise qualité nutritionnelle de l’alimentation et la sédentarité au bénéfice d’une meilleure santé, pour tous

 

Les modes de vie « malsains » – sédentarité et comportements alimentaires inadéquats – sont considérés comme le principal facteur de risque de maladies chroniques et de décès prématurés (GBD 2017 Diet Collaborators, 2019). Ces deux facteurs sont la première cause de décès évitables dans le monde. La mauvaise qualité nutritionnelle de l’alimentation serait en cause dans 11,3 millions de décès chaque année tandis que l’inactivité physique serait responsable de 3,2 millions de décès (GBD 2013 Risk Factors Collaborators, 2015). Ainsi, instaurer et encourager des comportements favorables à la santé dès le plus jeune âge et tout au long de la vie est un levier majeur de prévention. Pour y parvenir, l’action conjointe de l’ensemble des parties prenantes – familles et proches, professionnels de santé-est primordiale.

D’après Guedes DP, Silva ALDS. Exercise and fruit/vegetable intake, and their associations with body weight status in university students. Nutr Hosp. 2021;38(3):545-554.

Messages clés

 

  • 39% des étudiants de l’Université de Paranà sont en surpoids ou obèses
  • 87% ne consomment pas assez de fruits et légumes
  • 49,5% ont un niveau d’activité physique faible ou nul
  • Le risque d’être en surpoids (obésité inclue) est 2 à 3 fois plus élevé chez les étudiants ne consommant pas quotidiennement des fruits et légumes vs ceux qui consomment 5 portions ou plus chaque jour
  • Les étudiants ne pratiquant aucun exercice physique ont un risque 1,5 à 2 fois plus élevé d’être en surpoids (obésité inclue)

Méthodologie :

  • Echantillon 5 310 étudiants de l’Université fédérale de technologie de Paraná, représentatif des différents campus, cursus et années d’études, extrait de la cohorte de l’University Promoting Health Project
  • Questionnaire en ligne auto-administré pour recueillir la fréquence d’exercice physique (cardio et de force) et le niveau de consommation de fruits et légumes (questionnaire adapté du National College Health Assessment II)
  • Evaluation du niveau de consommation de fruits et légumes : Aucun (moins d’une portion par jour) ; faible (1 à 2 portions / j) ; modéré (3 à 4 portions / j) ; élevé (5 portions ou plus/jour)
  • Niveau d’exercice physique : aucun (0 jour par semaine) ; faible (1 à 2 j/ semaine) ; modéré (3 à 4 j/ semaine) ; élevé (5 jours ou plus/semaine)
  • Analyse statistique des données recueillies selon une analyse bivariée et une régression logistique binaire.

En savoir plus :

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