Déterminants de la satiété : des mécanismes innés aux comportements acquis

Régulation de l’appétit chez les enfants : accompagner des préférences innées vers les comportements acquis

Les comportements alimentaires des enfants reposent en partie sur des mécanismes biologiques innés qui orientent leurs choix vers des aliments plus riches en énergie ou sucrés. Les signaux de satiété, présents dès le plus jeune âge, ne suffisent pas à les guider vers des habitudes alimentaires favorables à la santé. La régulation de ces comportements spontanés dépend alors de processus cognitifs acquis progressivement. Une étude récente analyse le rôle de ces processus acquis dans le développement d’habitudes alimentaires saines et souligne le rôle capital des pratiques parentales.

Dès le plus jeune âge, les comportements alimentaires des enfants sont guidés par des mécanismes biologiques innés dits “bottom-up”. Ces derniers incluent les préférences innées et les signaux de faim et de satiété. Cependant, ces processus seuls suffisent pas à assurer le développement de comportements alimentaires sains. Des mécanismes cognitifs dits “top-down”, acquis au cours de la petite enfance permettent alors de les moduler. Ce processus est désigné sous le terme d’autorégulation de l’appétit (Russell & Russell, 2021).

Le rôle des mécanismes acquis reste peu étudié, notamment dans le développement des comportements alimentaires. Une revue récente de la littérature (Bridgett et al., 2026) apporte des éléments nouveaux sur la régulation des signaux de satiété et l’adoption progressive d’habitudes alimentaires saines chez les enfants.

Les comportements alimentaires des enfants sont guidés par des mécanismes hédoniques et des signaux de satiété innés

Ce travail rappelle que, dès le plus jeune âge, les choix alimentaires des enfants sont guidés par des mécanismes hédoniques et biologiques (bottom-up). Les enfants privilégient, ainsi, les aliments selon leurs préférences individuelles et ajustent leur consommation aux signaux de faim et de satiété (Mennella et al., 2016). Plus spécifiquement, les enfants sont spontanément attirés par les saveurs sucrées et les aliments riches en énergie. Au contraire, les goûts amers et acides suscitent une aversion (Mennella & Bobowski, 2015).

L’alimentation des enfants ne s’oriente donc pas spontanément vers les aliments bénéfiques à la santé tels que les fruits et légumes. Au sein même de cette catégorie, ils privilégient les aliments les plus riches en énergie (Gibson & Wardle, 2003). En outre, certains mécanismes physiologiques sont associés à l’évitement des fruits et légumes. (Dovey et al., 2008). C’est par exemple le cas de la néophobie alimentaire ou de la sensibilité à la satiété. En l’absence d’action pour pallier ces mécanismes, ces comportements peuvent conduire à une perte de diversité et de qualité alimentaires (Da Costa et al., 2022; Vilela et al., 2018).

L’adoption d’habitudes saines et la régulation de l’appétit dépendent de processus cognitifs acquis

Ainsi, la littérature montre que les comportements alimentaires innés des enfants ne les orientent pas en priorité vers les aliments favorables à la santé. L’ajustement aux signaux de faim et de satiété n’est ainsi pas suffisant pour adopter une alimentation équilibrée et variée. Au cours de la croissance de l’enfant, des mécanismes dits “top down” se développent. Ils permettent aux enfants de réguler les impulsions alimentaires associées aux processus innés. Selon ce travail, plusieurs types de mécanismes acquis existent : (Custers & Aarts, 2010)

  • Le contrôle inhibiteur qui consiste à privilégier une alternative saine à une option appétente préférée spontanément.
  • La mémoire de travail qui permet aux enfants de se souvenir et réappliquer les règles et attentes des adultes en matière d’alimentation.
  • La flexibilité cognitive qui est la capacité à alterner entre les préférences innées et les comportements socialement attendus.

Ces processus cognitifs acquis régulent progressivement l’alimentation vers des habitudes plus équilibrées. Ils permettent notamment la consommation d’aliments favorables à la santé, dont les fruits et légumes. Pour autant, leur développement représente un effort pour les enfants. La fixation d’un objectif y est donc souvent associée. Par exemple, la découverte d’un nouvel aliment par un jeune enfant implique les mécanismes acquis et lui permet d’atteindre un objectif de satisfaction parentale (Wesarg-Menzel et al., 2023).

Les pratiques parentales jouent un rôle central dans la régulation de l’appétit des enfants

Cette revue de la littérature souligne le rôle essentiel des parents dans le développement et l’acquisition des processus d’auto-régulation “top-down” chez l’enfant. Différentes pratiques parentales peuvent exercer une influence :

  • Les parents régulent les comportements alimentaires lorsque l’enfant est encore en phrase d’apprentissage – par exemple, en déterminant les choix et les quantités d’aliments disponibles ou en transmettant les premiers messages associés aux aliments (Grusec & Davidov, 2019),
  • Ils représentent une motivation externe à l’adoption de comportements alimentaires sains (Dweck, 2017),
  • Ils constituent des exemples pour les enfants par leurs propres pratiques alimentaires ,
  • Ils mettent en place des opportunités de pratique des mécanismes “top-down”.

Cependant, les auteurs soulignent que certaines pratiques parentales sont plus favorables au développement des mécanismes acquis d’auto-régulation. La mise en place d’un cadre structuré, la promotion de l’autonomie et l’exposition répétée aux aliments sont clés dans l’acceptation des légumes et autres aliments sains. Au contraire, des pratiques trop strictes ou contrôlantes peuvent perturber les pratiques d’auto-régulation des enfants. Cela s’observe notamment lorsque les aliments sont utilisés comme récompense (Vaughn et al., 2016).

Figure 1: Modélisation de l’auto-régulation de l’appétit chez l’enfant, adaptée selon Bridgett et al., 2026

La consommation de fruits et légumes chez l’enfant résulte donc de mécanismes acquis au cours de son développement. Elle dépend en grande partie des pratiques parentales et des expériences alimentaires et interactions sociales qui en découlent. Pour conclure, l’étude souligne les nouvelles influences sociales et environnementales qui accompagnent le passage à l’adolescence. Les motivations autonomes remplacent progressivement la régulation externe guidée par les parents. La capacité de régulation acquise pendant l’enfance apparait ainsi primordiale lors de cette période charnière afin de maintenir des habitudes saines et durables.

Basé sur : Bridgett, D. J., Hughes, S. O., Broussard, M., McCourt, D., Croce, C. M., & Fisher, J. O. (2026). The role of top-down appetite self-regulation in the development of healthy eating behaviors among children: a narrative review and socialization framework. Appetite, 218, 108384. https://doi.org/10.1016/j.appet.2025.108384

Méthodologie
Messages clés
  • Dès leur plus jeune âge, les enfants sont guidés par des mécanismes innés - préférences, impulsions, signaux de satiété – qui les orientent vers des aliments riches en énergie et en sucres
  • Lors du développement, des processus cognitifs d’auto-régulation sont acquis, permettant d’aller vers des comportements plus sains et durables, notamment la consommation de fruits et légumes.
  • Le rôle des parents est clé dans cet apprentissage. Ils posent un cadre structurel qui permet à l’enfant d’acquérir de bonnes pratiques alimentaires.
Références
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