Améliorer l’alimentation des plus jeunes nécessite de repenser les environnements alimentaires, en mobilisant tous les acteurs, y compris les enfants

Dans un contexte marqué par une progression continue de l’obésité infantile, transformer en profondeur les systèmes alimentaires pour répondre aux besoins des jeunes générations est une priorité. Dans ce but, un nombre croissant de chercheurs et d’organisations internationales appellent à dépasser les approches centrées uniquement sur les comportements individuels, pour adopter une vision systémique de l’alimentation des enfants et adolescents et notamment des environnements alimentaires dans lesquels ils évoluent. Une étude récente s’inscrit dans ce courant, en proposant une analyse approfondie des facteurs qui influencent l’alimentation des jeunes. Ce travail apporte des recommandations systémiques pour transformer les systèmes alimentaires au bénéfice de la santé des plus jeunes.
Les choix alimentaires chez les enfants et adolescents résultent d’une interaction permanente entre des facteurs individuels et les environnements dans lesquels ils évoluent. Ces choix sont également influencés par le développement de l’enfant, son degré d’autonomie ainsi que les normes sociales qui structurent son quotidien (Leng et al., 2017 ; Perez-Cueto, 2019).
Contrairement aux adultes, les jeunes disposent d’une capacité décisionnelle limitée et sont ainsi particulièrement exposés aux influences externes : marketing, disponibilité des aliments, pratiques éducatives ou culture alimentaire dominante (Story et al., 2008). Dès lors, toute initiative visant à améliorer l’alimentation des jeunes doit aller au-delà de la seule responsabilité individuelle et considérer l’ensemble des influences qui façonnent leurs .
C’est dans cette perspective que s’inscrit la revue de littérature menée par Varela et al., 2024. En adoptant une approche systémique, l’étude analyse les différentes composantes du système alimentaire — de la production à la consommation — et leur impact sur les pratiques alimentaires des jeunes.
Les environnements alimentaires véritables déterminants des choix et habitudes alimentaires
L’environnement alimentaire désigne l’ensemble des conditions matérielles, sociales et culturelles qui influencent les pratiques alimentaires (HLPE, 2017). Chez les enfants et adolescents, ces environnements se déclinent en plusieurs sphères:
- L’environnement social ou personnel : cadre familial, pratiques domestiques et interactions avec les proches ;
- L’environnement physique de proximité : disponibilité, prix et présentation des aliments dans les lieux de vente ou de restauration (y compris les cantines scolaires) ;
- L’environnement socio-culturel ou macro-environnement : normes sociales, valeurs alimentaires dominantes, ainsi que les représentations véhiculées par les médias et les réseaux sociaux.
Cette revue de la littérature montre que ces dimensions interagissent étroitement avec les caractéristiques individuelles des plus jeunes – préférences, compétences, connaissances. Celles-ci ne peuvent donc pas, à elles seules, expliquer les comportements alimentaires. Ainsi, un enfant disposant d’une bonne littératie alimentaire restera vulnérable si son environnement immédiat ne lui permet pas de mettre ses connaissances en pratique. Inversement, un contexte favorable peut pallier certaines lacunes individuelles (Truman, 2017).
De ce fait, les auteurs soulignent que les environnements alimentaires ne sont pas de simples décors dans lesquels évoluent les individus. Ilsexercent une influence structurelle, souvent invisible, sur les choix et les habitudes. Ainsi, toute stratégie de promotion de l’alimentation saine chez les plus jeunes doit nécessairement s’appuyer sur une transformation de ces environnements.
Agir sur les différents compartiments de l’environnement alimentaire pour créer des conditions favorables à une alimentation saine
Ce travail montre que les environnements alimentaires personnels, façonnés par les pratiques familiales jouent un rôle déterminant dans l’adoption de comportements alimentaires sains. L’implication active des parents, à travers la planification des repas, l’éducation au goût ou l’exemplarité, constitue ainsi un levier essentiel (Maccoby, 2007). Il apparaît également crucial d’encourager l’engagement des pères afin de renforcer une dynamique familiale équilibrée autour de l’alimentation. Les repas partagés en famille représentent à ce titre une occasion privilégiée de transmission et de plaisir alimentaire (Fielding-Singh, 2017 ; De-Jongh González et al., 2021).
De manière complémentaire, à l’échelle socioculturelle, les auteurs soulignent que les campagnes de communication devraient promouvoir une alimentation saine en mobilisant les canaux prisés des jeunes. Les influenceurs, désormais acteurs incontournables de la sphère numérique, peuvent jouer un rôle déterminant dans la diffusion de messages sur l’importance d’une alimentation équilibrée. Le soutien à des contenus valorisant les aliments sains et leur préparation pourrait ainsi transformer les normes sociales en matière d’alimentation (Chung et al., 2021). Ces actions semblent d’autant plus efficaces lorsqu’elles s’intègrent à des stratégies de prévention.
Enfin, dans les environnements externes, les auteurs appellent à des changements structurels pour améliorer l’offre alimentaire. Cela s’articule autour de 3 leviers complémentaires :
- Des stratégies publiques structurées autour de l’augmentation de la disponibilité des aliments favorables à la santé, couplée à une réduction de l’offre d’aliments de moins bonne qualité nutritionnelle.
- La réglementation du marketing alimentaire , y compris dans le cadre numérique, pour protéger les enfants des influences néfastes.
- La mise en place de politiques fiscales pour stimuler des choix alimentaires sains à tous les niveaux de la société.
Impliquer l’ensemble des acteurs, y compris les enfants, dans la transformation du système alimentaire
En conclusion de ce travail, les auteurs soulignent que la mise en place d’un système alimentaire favorable aux enfants exige une mobilisation concertée de l’ensemble des acteurs. Ils pointent, à ce titre, le rôle structurant des pouvoirs publics dans la définition d’un cadre législatif, fiscal et réglementaire. Toutefois, leur action ne peut être pleinement efficace sans l’engagement des collectivités locales, du secteur éducatif, des professionnels de santé, de la recherche et des entreprises.
Les auteurs invitent également à poursuivre la recherche pour mieux comprendre et appréhender la complexité des comportements alimentaires. Ils soulignent l’importance de rassembler des données fiables, d’évaluer les politiques existantes et de transformer les connaissances en solutions concrètes . Pour ce faire, les auteurs appellent à une coopération accrue entre chercheurs, acteurs de terrain, institutions et familles pour développer des solutions durables et équitables.
Enfin, les auteurs pointent la nécessité de reconnaître les enfants et adolescents comme des acteurs à part entière du système alimentaire. Ils soulignent l’importance de leur donner les moyens d’agir – par l’éducation, la participation et la valorisation de leurs savoirs – pour renforcer leur autonomie pour faire des choix plus éclairés. Enfin, ilsrecommandent de les inclure dans la conception des politiques et des produits permettrait de construire un système plus juste et résilient.
Basé sur : Varela P, et al. Bringing down barriers to children’s healthy eating: a critical review of opportunities, within a complex food system. Nutr Res Rev. 2024 Dec;37(2):331-351.
- Les comportements alimentaires des enfants ne sont pas des choix isolés mais le résultat d’influences multiples.
- Améliorer l’alimentation des enfants exige d’agir sur leurs environnements pour rendre les choix sains plus faciles.
- La réussite de cette transformation repose sur une mobilisation collective de tous les acteurs, en reconnaissant pleinement les enfants comme des participants actifs du changement.