Comportements alimentaires : les croyances de santé pourraient expliquer les différences observées entre hommes et femmes

Les différences de comportements alimentaire entre hommes et femmes sont largement documentées, mais les facteurs qui les expliquent restent partiellement élucidés. Une étude récente s’est penchée sur le rôle de croyances de santé spécifiques à l’alimentation, notamment sur les représentations personnelles des quantités d’aliments jugées « bonnes pour la santé ». Ce travail montre des croyances distinctes entre hommes et femmes pour certains aliments. Ces différences de croyances contribuent à expliquer en partie les écarts de consommation entre sexes, en particulier pour les fruits, légumes et poissons. Ces résultats invitent à intégrer l’influence des croyances alimentaires dans les interventions de santé publique aux côtés d’autres dimensions telles que le plaisir alimentaire, les normes sociales ou encore la littératie nutritionnelle.
La progression constante du surpoids et de l’obésité contribue à l’augmentation de la prévalence des maladies chroniques telles que le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers (Global Burden of Disease, 2017). Parmi les déterminants de ces pathologies, les différences de comportement alimentaire entre hommes et femmes apparaissent comme un facteur notable : les hommes ont généralement des comportements alimentaires moins conformes aux recommandations nutritionnelles (Büning-Fesel et al., 2016 ; Tan et al., 2022) et présentent une prévalence plus élevée de troubles métaboliques.
Ces disparités ne s’expliquent pas seulement par des préférences individuelles ou des contraintes socio-économiques. Elles résultent également de facteurs psychologiques et culturels, parmi lesquels les croyances de santé semblent jouer un rôle déterminant. Ces croyances appliquées au domaine de l’alimentation reflètent les représentations personnelles de ce qui est perçu comme « bon » ou « mauvais » pour la santé, orientant ainsi les choix alimentaires (Grzymisławska et al., 2020). Si les différences de croyances selon le sexe ont été observées, leur contribution précise aux écarts de consommation reste peu explorée (Spinelli et al., 2020 ; Ruigrok et al., 2021 ; Dinnella et al., 2023).
Dans ce contexte, l’étude d’Egele et al., 2023 s’est attachée à déterminer si ces croyances pouvaient expliquer, en tout ou partie, les différences de comportements alimentaires entre hommes et femmes, en analysant à la fois les habitudes de consommation et les perceptions des quantités jugées « saines » pour différents groupes d’aliments.
Comportements alimentaires : des différences confirmées entre hommes et femmes
Menée auprès de 212 adultes allemands âgés de 18 à 70 ans (voir méthodologie), l’étude confirme des différences nettes dans les pratiques alimentaires entre les sexes. Les femmes déclarent consommer en moyenne 2,1 portions de fruits et 2,8 de légumes par jour, contre respectivement 1,3 et 1,4 chez les hommes. Elles consomment également plus de céréales et d’œufs, tandis que les hommes consomment davantage de viande. Ces résultats, cohérents avec la littérature internationale, traduisent une plus grande adhésion des femmes aux recommandations nutritionnelles (Lombardo et al., 2019 ; Baker et al., 2003).
En revanche, aucune différence significative n’a été observée pour le poisson ni les produits laitiers, suggérant que certaines catégories alimentaires échappent aux dynamiques de genre habituellement observées. Ces constats soulignent la complexité des comportements alimentaires, façonnés par des facteurs multiples : normes sociales, modèles familiaux, représentations culturelles ou encore motivations liées à la santé.
Les croyances de santé sur l’alimentation : une influence genrée pour certains aliments
Les chercheurs ont ensuite exploré l’influence des croyances de santé sur les différences de consommation alimentaire observées entre les individus. Pour cela, la perception individuelle de la quantité « saine » à consommer pour 7 groupes d'aliments a été évaluée. L’effet médiateur de ces croyances a ensuite été testé. Les résultats montrent que les croyances de santé spécifiques à l’alimentation jouent effectivement un rôle médiateur sur les habitudes alimentaires, mais de manière sélective selon les catégories d’aliments.
Selon les auteurs, ces croyances expliqueraient partiellement les écarts observés d’un individu à l’autre pour les fruits et légumes, et totalement pour le poisson. Autrement dit :
En revanche, aucune médiation significative n’a été observée pour la viande, les œufs, les céréales ou les produits laitiers. Cela signifie que les écarts de consommation alimentaire constatées pour ces catégories d’aliments ne s’expliquent pas par les croyances étudiées, mais sans doute par d’autres déterminants, comme les préférences gustatives, les habitudes sociales ou les valeurs associées aux aliments.
Les croyances de santé : un levier pour des interventions nutritionnelles spécifiques au genre
Cette étude ouvre des perspectives concrètes pour la santé publique. Si les croyances de santé influencent les choix alimentaires, les modifier pourrait constituer un levier d’action efficace. Les auteurs suggèrent notamment de renforcer les messages nutritionnels ciblés, en particulier à destination des hommes, souvent moins sensibles aux recommandations. Par exemple, revaloriser les fruits, légumes et poissons comme aliments associés à la force ou la vitalité pourrait contribuer à réduire les écarts entre sexes.
Cependant, ces croyances ne suffisent pas à elles seules à expliquer toutes les différences observées. Les auteurs appellent ainsi à intégrer aux interventions futures d’autres dimensions telles que le plaisir alimentaire, les normes sociales ou encore la littératie nutritionnelle. Enfin, ils invitent à mieux comprendre ces interactions afin de concevoir des programmes de prévention plus personnalisés et équitables, adaptés à l’ensemble de la population.
Basé sur : Egele VS, Stark R. Specific health beliefs mediate sex differences in food choice. Front Nutr. 2023 Jun 5;10:1159809.
- Des différences marquées de consommation alimentaire persistent entre hommes et femmes : les femmes consommant plus de fruits et légumes tandis que les hommes privilégient davantage la viande.
- Les croyances de santé expliquent tout ou des écarts observés selon le sexe, suggérant qu’elles influencent directement les choix alimentaires.
- Modifier ces croyances pourrait améliorer l’alimentation des hommes, moins alignée avec les recommandations, à condition de tenir compte d’autres déterminants comme les goûts, les normes sociales et l’attitude vis-à-vis de la santé.