Promouvoir la santé cérébrale tout au long de la vie grâce à l'alimentation

Édito

La santé cérébrale est définie par l’Organisation mondiale de la santé comme « l’état de fonctionnement du cerveau dans les domaines cognitif, sensoriel, socio-émotionnel, comportemental et moteur, permettant à une personne de réaliser son plein potentiel tout au long de sa vie, indépendamment de la présence ou de l’absence de troubles » (OMS). Ainsi, la santé cérébrale ne concerne pas uniquement les personnes âgées exposées au risque de déclin cognitif, mais également les enfants, les adolescents et les adultes confrontés à des problèmes de santé tant physique que mentale. Cette question est de plus en plus reconnue comme une priorité mondiale de santé publique à tous les âges de la vie.

Le vieillissement de la population devrait entraîner une augmentation considérable de la prévalence de la démence au cours des prochaines décennies, tandis que les troubles mentaux touchent déjà plus d’un milliard de personnes dans le monde (GBD, 2023). En France, 41 % des adultes déclarent avoir connu un problème de santé mentale au cours de leur vie (Odoxa Mutualité française, 2024).

La santé cérébrale résulte de l’interaction complexe entre des facteurs biologiques, environnementaux et sociaux. Parmi les facteurs modifiables liés au mode de vie, l’alimentation joue un rôle essentiel. Un nombre croissant de données scientifiques étayent les effets bénéfiques de régimes alimentaires sains, en particulier du régime méditerranéen, sur la santé cognitive et mentale ; les données concernant les régimes DASH et MIND sont plus contrastées, mais de plus en plus nombreuses (Seabrook et al., 2025). Ces régimes sont riches en fruits et légumes, sources de fibres, de vitamines, de minéraux et de composés bioactifs qui, grâce à leurs propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes, peuvent contribuer au bon fonctionnement neurocognitif.

Ce numéro d’Equation Nutrition explore le rôle des fruits et légumes dans la santé cérébrale tout au long de la vie.

Le premier article (Soans et al., 2025) est une revue exploratoire qui étudie l’impact de la consommation de fruits et légumes sur les fonctions cognitives chez les adolescents et les jeunes adultes. Globalement, une consommation plus élevée était associée à de meilleures performances cognitives, avec des effets plus marqués pour les fruits et légumes entiers riches en fibres et en polyphénols. Les données concernant les jus de fruits étaient moins homogènes, certaines études faisant état de bénéfices à court terme. Ces résultats soulignent l’importance de consommer des fruits et légumes entiers dans le cadre d’une alimentation saine dès les premières étapes de la vie.

Le deuxième article (Wong et al., 2025) examine la consommation de légumes et le stress psychologique chez des femmes enceintes atteintes de maladies chroniques. Une consommation plus élevée de légumes est associée à des concentrations accrues de cytokines anti-inflammatoires, généralement plus faibles dans cette population et liées à des niveaux de stress plus élevés. Ces résultats mettent en évidence le rôle potentiel d’une alimentation riche en légumes dans la réduction de l’inflammation et le maintien du bien-être physique et mental pendant la grossesse.

Le dernier article (Chatzispyrellis et al., 2025) porte sur les personnes âgées et sur le lien entre la consommation de polyphénols et le risque de démence et de déclin cognitif. Un profil alimentaire caractérisé par un apport en polyphénols, notamment en lignanes, flavonols et isoflavonoïdes, était associé à un ralentissement du déclin cognitif. Les participants se situant dans le troisième quartile pour ce profil présentaient un risque de démence inférieur de 71 % à celui des participants du premier quartile. Ces polyphénols étant principalement apportés par les légumes crucifères, les légumineuses et les légumes à feuilles, ces résultats plaident en faveur d’une alimentation riche en légumes pour améliorer la santé cognitive des personnes âgées.

Pris dans leur ensemble, ces articles montrent qu’une augmentation de la consommation de fruits et légumes peut contribuer à préserver la santé cérébrale et le bien-être général tout au long de la vie, tout en confortant les recommandations nutritionnelles actuelles.

Jamie Seabrook Santé mentale alimentation Aprifel
Jamie Seabrook Professeur au Département d’épidémiologie et de biostatistique
Wester University, Canada
A propos de l’auteur

Le Dr Jamie Seabrook est professeur au Département d’épidémiologie et de biostatistique de la Western University, où il est également rattaché au Département de pédiatrie et à la Brescia School of Food and Nutritional Sciences. Il est également chercheur au Children’s Health Research Institute, au Lawson Research Institute et au London Health Sciences Centre Research Institute. En 2019, il a reçu le prix d’excellence en recherche du Brescia University College de la Western University.
Les travaux de recherche du Dr Seabrook portent sur les déterminants sociaux et environnementaux des inégalités de santé chez l’enfant, les origines développementales de la santé et des maladies, ainsi que la consommation de substances psychoactives et la santé mentale chez les jeunes.

Saverio Stranges Santé mentale alimentation Aprifel
Saverio Stranges Professeur et directeur du Département d’épidémiologie et biostatistique
Western University, Canada
A propos de l’auteur

Le Dr Saverio Stranges est professeur et directeur du Département d’épidémiologie et de biostatistique de la Western University, au Canada. Médecin spécialiste de santé publique et épidémiologiste des maladies chroniques, il possède une vaste expérience dans le domaine de l’épidémiologie et de la recherche en santé publique. Ses travaux portent sur l’épidémiologie et la prévention des maladies chroniques et du vieillissement tout au long de la vie, en particulier sur le rôle des modes de vie et des facteurs comportementaux et psychosociaux, tels que les habitudes alimentaires, les comportements liés au sommeil et les déterminants sociaux de la santé. Il s’intéresse également à la santé mondiale, notamment aux maladies cardiométaboliques dans les contextes à faibles ressources, ainsi qu’à la recherche interdisciplinaire.

Au cours de sa carrière, le Dr Stranges a participé à plusieurs études épidémiologiques internationales, essais cliniques et revues systématiques, et a publié plus de 350 articles scientifiques, revues et chapitres d’ouvrages. En novembre 2023, il a été élu président de la section « Maladies chroniques » de l’European Public Health Association. Il est également professeur à temps partiel au Département de médecine clinique et de chirurgie de l’université de Naples Federico II, en Italie, et professeur invité d’épidémiologie et de santé publique à la Humanitas University, également en Italie. Il est co-rédacteur en chef de la revue Nutrition, Metabolism & Cardiovascular Diseases et rédacteur associé de l’International Journal of Public Health, de l’European Journal of Public Health et de Sleep Health.

Note de l’équipe Aprifel
    Également à découvrir dans ce numéro :

  • Notre infographie illustre l’influence de facteurs biologiques, environnementaux et sociaux sur la santé cérébrale ;
  • Avis d’expert, deux questions à Anne-Laure Dinel et Corinne Joffre ;
  • En pratique : 5 composés à intégrer dans son alimentation pour la préserver ;
  • En bref, notre mini veille de septembre 2026 sur l’alimentation, la santé, la durabilité et les fruits et légumes.
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