Promouvoir la santé cérébrale tout au long de la vie grâce à l'alimentation

Avis d’expert : Santé du cerveau : 2 questions à Anne-Laure Dinel et Corinne Joffre

Corinne Joffre
Corinne Joffre Directrice de recherche INRAE
Laboratoire NutriNeuro, Bordeaux
A propos de l’auteur

Corinne Joffre, directrice de recherches INRAE, a travaillé dans plusieurs laboratoires INRAE. Elle a réalisé sa thèse et a été recrutée à l’INRAE de Nantes en 1997. Elle a ensuite rejoint le laboratoire de Dijon en 1999 afin de se spécialiser en nutrition lipidique. Son parcours l’a ensuite menée au laboratoire NutriNeuro à Bordeaux spécialisé en Nutrition et Neurosciences. Ses travaux de recherche portent principalement sur les effets protecteurs des nutriments sur le déclin cognitif associé à la neuroinflammation à différentes périodes de la vie en collaboration avec des industriels du domaine de l’agro-alimentaire et la cellule de transfert NutriBrain dont elle est co-responsable scientifique. Elle a publié environ 80 articles dans des journaux scientifiques, est co-inventeure d’un brevet et a communiqué dans de nombreux congrès nationaux et internationaux.

Anne-Laure Dinel
Anne-Laure Dinel Chercheure en nutrition et neurosciences
Laboratoire NutriNeuro, Bordeaux
A propos de l’auteur

Anne-Laure Dinel est titulaire d’un doctorat en Nutrition de l’Université de Bordeaux. En 2015, elle crée avec Véronique Pallet, Sophie Layé et Corinne Joffre la cellule de transfert NutriBrain (adossée au laboratoire NutriNeuro) dont elle devient responsable (ADERA). Ses recherches portent sur l’impact de la nutrition sur les troubles de l’humeur et de la cognition à différentes périodes critiques de la vie (périnatalité, vieillissement) et ont pour principal objectif de comprendre les mécanismes mis en jeu et de participer à définir une stratégie nutritionnelle préventive à la mise en place de certaines pathologies. Anne-Laure Dinel participe à plusieurs projets de recherche et dirige des prestations de recherche pour différents groupes industriels. Elle a publié environ 25 articles dans des journaux scientifiques, est co-inventeure de deux brevets et de deux déclarations d’invention déposée à INRAE et a communiqué dans de nombreux congrès nationaux et internationaux.

Le cerveau est programmé pour décliner avec l’âge, on ne peut rien y faire Vrai & Faux
Grands-parents et enfants discutant

    Il est vrai que le déclin cognitif associé au vieillissement est un phénomène naturel, physiologique, sans être nécessairement visible ou pathologique. Son évolution dépend de l’histoire de vie et de l’environnement de chaque individu : exposition à certains pathogènes ou pesticides, niveau de sédentarité, d’activité physique et intellectuelle, mais aussi alimentation.

    Cependant, la deuxième partie de cette idée reçue est fausse. Il est possible d’agir sur ces facteurs modifiables pour prévenir ou limiter le déclin cognitif lié à l’âge. L’activité physique et l’alimentation jouent notamment un rôle important. Plusieurs études soulignent les effets positifs du régime méditerranéen, qui permettrait de diminuer le risque de déclin cognitif lié à l’âge de 40 % et le risque de maladie d’Alzheimer de 24 % (Psaltopoulou et al., 2022). Ces bénéfices peuvent s’expliquer par la richesse de ce régime en fruits et légumes et poisson contenant des nutriments d’intérêt tels que les polyphénols, les oméga-3, les vitamines et des fibres. Ce régime méditerranéen est aussi souvent associé à un mode de vie actif dont on sait qu’il impacte le déclin cognitif (Blondell et al., 2014).

    Avec notre équipe de recherche, nous avons mené plusieurs études précliniques et cliniques. L’une d’elles (Bensalem et al., 2019) porte sur l’effet d’une supplémentation en polyphénols (extraits de raisin et de myrtille sauvage) sur des personnes âgées en bonne santé de 60 à 70 ans. Chez les sujets dont les performances cognitives sont les plus faibles en début d’étude, la supplémentation durant 3 mois a un effet bénéfique sur la mémoire. D’autres travaux précliniques (en cours) chez la souris âgée soulignent l’effet d’extraits d’algues sur la restauration des capacités cognitives au cours du vieillissement. Ces résultats soulignent que le déclin cognitif est hétérogène. Un déclin cognitif important peut être prévenu par la nutrition qui se doit d’être ciblée et personnalisée.

    Ces différences peuvent s’expliquer par la notion de la trajectoire cognitive qui est façonnée tout au long de la vie par différents évènements. Par exemple, de plus en plus de travaux s’intéressent à la santé de la femme et montrent que certaines périodes physiologiques sensibles (grossesse, ménopause, etc.) peuvent avoir des répercussions sur la santé cognitive. Ces périodes s’accompagnent souvent de l’installation d’une inflammation chronique à bas bruit qui peut contribuer à la dégradation des fonctions cognitives. Certains nutriments agissent alors comme des anti-inflammatoires et antioxydants, contribuant ainsi à protéger les structures cérébrales.

    Afin de maintenir une réserve cognitive optimale permettant d’aborder au mieux le vieillissement, il est donc important d’entretenir tout au long de la vie notre réserve cognitive en favorisant une alimentation riche en végétaux qui vont apporter des polyphénols et des vitamines et en poissons riches en oméga-3, associée à une activité physique et intellectuelle régulière. Lorsqu’une modification des habitudes alimentaires est difficile, une supplémentation adaptée et personnalisée peut être envisagée.

Le cerveau est programmé pour décliner avec l’âge, on ne peut rien y faire Vrai & Faux

    Il est vrai que le déclin cognitif associé au vieillissement est un phénomène naturel, physiologique, sans être nécessairement visible ou pathologique. Son évolution dépend de l’histoire de vie et de l’environnement de chaque individu : exposition à certains pathogènes ou pesticides, niveau de sédentarité, d’activité physique et intellectuelle, mais aussi alimentation.

    Cependant, la deuxième partie de cette idée reçue est fausse. Il est possible d’agir sur ces facteurs modifiables pour prévenir ou limiter le déclin cognitif lié à l’âge. L’activité physique et l’alimentation jouent notamment un rôle important. Plusieurs études soulignent les effets positifs du régime méditerranéen, qui permettrait de diminuer le risque de déclin cognitif lié à l’âge de 40 % et le risque de maladie d’Alzheimer de 24 % (Psaltopoulou et al., 2022). Ces bénéfices peuvent s’expliquer par la richesse de ce régime en fruits et légumes et poisson contenant des nutriments d’intérêt tels que les polyphénols, les oméga-3, les vitamines et des fibres. Ce régime méditerranéen est aussi souvent associé à un mode de vie actif dont on sait qu’il impacte le déclin cognitif (Blondell et al., 2014).

    Avec notre équipe de recherche, nous avons mené plusieurs études précliniques et cliniques. L’une d’elles (Bensalem et al., 2019) porte sur l’effet d’une supplémentation en polyphénols (extraits de raisin et de myrtille sauvage) sur des personnes âgées en bonne santé de 60 à 70 ans. Chez les sujets dont les performances cognitives sont les plus faibles en début d’étude, la supplémentation durant 3 mois a un effet bénéfique sur la mémoire. D’autres travaux précliniques (en cours) chez la souris âgée soulignent l’effet d’extraits d’algues sur la restauration des capacités cognitives au cours du vieillissement. Ces résultats soulignent que le déclin cognitif est hétérogène. Un déclin cognitif important peut être prévenu par la nutrition qui se doit d’être ciblée et personnalisée.

    Ces différences peuvent s’expliquer par la notion de la trajectoire cognitive qui est façonnée tout au long de la vie par différents évènements. Par exemple, de plus en plus de travaux s’intéressent à la santé de la femme et montrent que certaines périodes physiologiques sensibles (grossesse, ménopause, etc.) peuvent avoir des répercussions sur la santé cognitive. Ces périodes s’accompagnent souvent de l’installation d’une inflammation chronique à bas bruit qui peut contribuer à la dégradation des fonctions cognitives. Certains nutriments agissent alors comme des anti-inflammatoires et antioxydants, contribuant ainsi à protéger les structures cérébrales.

    Afin de maintenir une réserve cognitive optimale permettant d’aborder au mieux le vieillissement, il est donc important d’entretenir tout au long de la vie notre réserve cognitive en favorisant une alimentation riche en végétaux qui vont apporter des polyphénols et des vitamines et en poissons riches en oméga-3, associée à une activité physique et intellectuelle régulière. Lorsqu’une modification des habitudes alimentaires est difficile, une supplémentation adaptée et personnalisée peut être envisagée.

Certains aliments ou nutriments protègent le cerveau Vrai
Poissons et fruits et légumes santé du cerveau Aprifel
    De nombreuses études scientifiques mettent en évidence le rôle de l’alimentation dans le maintien d’une bonne santé cérébrale. Pendant longtemps, les études s’intéressaient principalement aux effets des nutriments isolés. Ainsi, il a été démontré que l’apport en polyphénols, caroténoïdes, vitamine A et D et oméga-3, pris séparément, était associé à de meilleures performances cognitives. La tendance est maintenant à considérer les matrices alimentaires ou les mélanges de nutriments. Ces approches permettent d’étudier les actions complémentaires des composés d’intérêt, qui peuvent être cumulatives ou synergiques.

    C’est avant tout une alimentation variée et équilibrée, avec des apports alimentaires diversifiés, qui contribue au maintien de la santé cognitive.

    Cette complémentarité est particulièrement intéressante au regard du vieillissement. Chaque type de molécule peut, en effet, agir sur différents mécanismes physiologiques : certains composés peuvent contribuer à réguler l’inflammation à bas bruit, d’autres à limiter le stress oxydatif ou encore, à moduler le microbiote intestinal. Il est donc pertinent d’associer différentes sources de nutriments pour bénéficier de ces actions simultanées.

    Les fruits et légumes s’inscrivent pleinement dans cette logique, car ils apportent une grande diversité de composés d’intérêt pour la santé cognitive. Par exemple, les légumes oranges sont notamment riches en caroténoïdes, tandis que les fruits rouges et légumes à feuilles vertes contiennent de nombreux polyphénols.

    Les oméga-3 jouent également un rôle important dans le fonctionnement cérébral. La consommation de poisson gras tels que le saumon, les sardines ou le maquereau, permet d’apporter directement des omégas-3 à longue chaine, indispensables au bon fonctionnement du cerveau. Les huiles végétales fournissent leur précurseur, l’acide alpha linolénique, mais son taux de conversion par l’organisme reste faible par rapport à un apport alimentaire direct d’oméga-3 à longue chaine. Cette conversion peut néanmoins être modulé par des mécanismes compensatoires (Baker et al., 2016)

    Il n’existe pas d’aliment « miracle » : c’est bien la complémentarité entre les différents aliments et nutriments qui permet de préserver la santé du cerveau.

Certains aliments ou nutriments protègent le cerveau Vrai
    De nombreuses études scientifiques mettent en évidence le rôle de l’alimentation dans le maintien d’une bonne santé cérébrale. Pendant longtemps, les études s’intéressaient principalement aux effets des nutriments isolés. Ainsi, il a été démontré que l’apport en polyphénols, caroténoïdes, vitamine A et D et oméga-3, pris séparément, était associé à de meilleures performances cognitives. La tendance est maintenant à considérer les matrices alimentaires ou les mélanges de nutriments. Ces approches permettent d’étudier les actions complémentaires des composés d’intérêt, qui peuvent être cumulatives ou synergiques.

    C’est avant tout une alimentation variée et équilibrée, avec des apports alimentaires diversifiés, qui contribue au maintien de la santé cognitive.

    Cette complémentarité est particulièrement intéressante au regard du vieillissement. Chaque type de molécule peut, en effet, agir sur différents mécanismes physiologiques : certains composés peuvent contribuer à réguler l’inflammation à bas bruit, d’autres à limiter le stress oxydatif ou encore, à moduler le microbiote intestinal. Il est donc pertinent d’associer différentes sources de nutriments pour bénéficier de ces actions simultanées.

    Les fruits et légumes s’inscrivent pleinement dans cette logique, car ils apportent une grande diversité de composés d’intérêt pour la santé cognitive. Par exemple, les légumes oranges sont notamment riches en caroténoïdes, tandis que les fruits rouges et légumes à feuilles vertes contiennent de nombreux polyphénols.

    Les oméga-3 jouent également un rôle important dans le fonctionnement cérébral. La consommation de poisson gras tels que le saumon, les sardines ou le maquereau, permet d’apporter directement des omégas-3 à longue chaine, indispensables au bon fonctionnement du cerveau. Les huiles végétales fournissent leur précurseur, l’acide alpha linolénique, mais son taux de conversion par l’organisme reste faible par rapport à un apport alimentaire direct d’oméga-3 à longue chaine. Cette conversion peut néanmoins être modulé par des mécanismes compensatoires (Baker et al., 2016)

    Il n’existe pas d’aliment « miracle » : c’est bien la complémentarité entre les différents aliments et nutriments qui permet de préserver la santé du cerveau.

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