Vers une approche intégrée de la prévention du cancer : le rôle potentiel des fruits et légumes

Édito

Dans son dernier rapport publié en 2025, le Fonds mondial de recherche sur le cancer (WCRF) a souligné la nécessité d’une stratégie intégrée de prévention du cancer favorisant l’adoption d’une alimentation saine, la pratique d’une activité physique régulière, le maintien d’un poids « sain » et l’exclusion du tabac (WCRF, 2025). Cet appel intervient dans un contexte où le fardeau du cancer est en croissance rapide :

D’ici 2050, environ 35 millions de nouveaux cas de cancer devraient être diagnostiqués dans le monde, soit une augmentation de 77 % par rapport à 2022 
(OMS, 2024)

L’augmentation de l’incidence du cancer s’explique en partie par les évolutions démographiques et le vieillissement de la population, mais elle est également influencée par l’évolution de la prévalence de facteurs de risque modifiables, notamment l’alimentation, la consommation d’alcool, le tabagisme, la surcharge pondérale, etc., qui, ensemble, sont responsables d’environ 40 % des cas de cancer (OMS, 2025). Il est important de souligner que plusieurs de ces facteurs contribuent également à d’autres maladies non transmissibles, telles que le diabète et l’obésité, susceptibles à leur tour d’accroître le risque de cancer.

Dans ce contexte, la consommation de fruits et légumes constitue un élément central d’une alimentation saine dans la prévention du cancer. Les fruits et légumes apportent des fibres alimentaires, des vitamines, des minéraux et des composés bioactifs qui influencent de multiples voies biologiques pouvant jouer un rôle dans le développement du cancer. Les données scientifiques accumulées suggèrent qu’une consommation adéquate de fruits et légumes est associée à une réduction du risque de certains cancers, notamment ceux des voies aérodigestives, colorectal, du sein et de la prostate.

Malgré ces éléments, la consommation de fruits et légumes demeure inférieure aux niveaux actuellement recommandés dans de nombreuses populations La revue de ce mois rassemble des résultats scientifiques récents sur le rôle potentiel des fruits et légumes dans la prévention du cancer.

Le premier article est une méta-analyse dose-réponse portant sur 17 études scientifiques examinant la relation entre la consommation de légumes crucifères et le cancer du côlon (Lai et al., 2025). L’article met en évidence une possible association inverse entre une consommation accrue de légumes crucifères et l’incidence du cancer du côlon, avec une diminution progressive du risque à mesure que la consommation augmente. Ces résultats pourraient s’expliquer par la présence de glucosinolates dans les légumes crucifères, composés connus pour leurs propriétés chimiopréventives.

Le deuxième article explore l’association entre la couleur des fruits et légumes consommés et le risque de cancers gastro-intestinaux dans une cohorte de plus de 11 000 participants suivis pendant une durée moyenne de 8 ans (Cho et al., 2025). L’étude met en évidence une association inverse significative entre la consommation de fruits et légumes de couleur blanche, ainsi que celle de fruits blancs seuls, et le risque de cancers gastro-intestinaux. Ces aliments sont riches en flavones, telles que l’apigénine et la lutéoline, qui pourraient en partie expliquer les effets protecteurs potentiels observés. En outre, certains bulbes (ail, oignon) inclus dans ce groupe contiennent des composés bioactifs tels que l’allicine, tandis que les fruits de couleur blanche peuvent contribuer à la protection contre le cancer grâce à des phytocomposés spécifiques. D’autres groupes de couleurs étaient significativement associés à une réduction significative du risque de cancer uniquement chez des sous-groupes spécifiques de la population.

Le dernier article examine le lien entre la consommation de flavonoïdes et la mortalité par cancer chez 14 029 participants de l’étude NHANES (Zhou et al., 2023). Parmi les différentes classes de flavonoïdes, une consommation plus élevée de flavonols, provenant principalement des fruits et légumes, était associée à une mortalité globale par cancer plus faible. Comparés aux participants du quartile le plus faible de consommation de flavonols (<6,8 mg/jour), ceux des quartiles supérieurs présentaient un risque significativement réduit de mortalité par cancer. De plus, une consommation accrue de péonidine, de narigénine et de catéchines était inversement associée à la mortalité par cancer, avec des liens plus étroits observés chez les anciens fumeurs et chez les personnes consommant peu d’alcool ou ayant cessé d’en consommer, soulignant l’importance d’une alimentation riche en fruits et légumes dans le cadre d’une modification plus globale du mode de vie.

Pris ensemble, ces résultats renforcent l’importance de consommer une grande variété de fruits et légumes dans le cadre d’une alimentation saine afin de contribuer à réduire le risque de certains cancers. Toutefois, l’alimentation doit s’inscrire dans un mode de vie globalement sain, adapté aux contextes individuels et soutenu par des politiques de santé publique.

Marc Gunter Titulaire de la chaire d’épidémiologie et de prévention du cancer
Département de Santé Publique, Imperial Collège de Londres
A propos de l’auteur

Le professeur Marc Gunter est titulaire de la chaire d’épidémiologie et de prévention du cancer au Département de Santé Publique à l’Imperial Collège de Londres et codirige l’unité de recherche en épidémiologie et prévention du cancer basée à l’Imperial College et à l’Institute of Cancer Research. Il est diplômé en biochimie de l’Université d’Oxford et titulaire d’un doctorat en épidémiologie moléculaire de l’Université de Cambridge. Il a effectué un stage postdoctoral au National Cancer Institute des États-Unis et a occupé des postes universitaires à l’Albert Einstein College of Medicine à New York et à l’Imperial College. Il a également dirigé auparavant la branche Nutrition et métabolisme du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

Ses travaux de recherche portent sur la compréhension du rôle de l’obésité, de la nutrition et du métabolisme dans le développement et le pronostic du cancer, avec un accent particulier sur les mécanismes reliant les dysfonctionnements métaboliques et les voies endocriniennes au cancer. Il s’intéresse particulièrement à l’intégration d’études populationnelles avec des approches expérimentales afin d’identifier des mécanismes causaux susceptibles d’être ciblés par des stratégies de prévention du cancer. Il dirige actuellement plusieurs projets multidisciplinaires de grande ampleur visant à identifier de nouvelles causes de cancer en combinant des outils moléculaires, comme la protéomique et la métabolomique appliquées à des cohortes prospectives, avec des études expérimentales, notamment dans le cadre du projet DISCERN, ainsi que des études d’intervention chez l’être humain (PROMINENT). Marc Gunter est également coordinateur de l’étude européenne prospective sur le cancer et la nutrition (EPIC), l’une des plus grandes études de cohorte prospectives au monde.

Note de l’équipe Aprifel
    Également à découvrir dans ce numéro :

  • Notre infographie fait le focus sur les nutriments des fruits et légumes contribuant à leurs effets protecteurs vis-à-vis des cancers ;
  • Avis d’expert, deux questions à Bernard Srour ;
  • En pratique : 5 conseils pour réduire le risque de cancer ;
  • En bref, notre mini veille de mars 2026 sur l’alimentation, la santé, la durabilité et les fruits et légumes.
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